Modeste Francis Huster
Écouté hier, en différé, l’émission de RTL dont Francis Huster était l’invité vendredi. Une heure de fausse modestie et de quête larvée des compliments – sachant bien que les participants, tous plus flagorneurs les uns que les autres, ne les lui ménageront pas. Exemple : « Qu’est-ce qu’il y a en vous, cher Francis, d’homme du sud ? – Le cœur ». Évidemment, il n’allait pas répondre « Le goût de la pétanque et du pastis ». Ou encore : « Je compte beaucoup sur les autres, je fais rien [sic] sans que ça ait un rapport avec les autres ». Encore un qui aime les gens. On adore ces grands types tout simples qui se baladent avec leur cœur en bandoulière. Et ceci : « Qu’est-ce que vous braderiez chez vous ? – Ma peur. J’ai très peur [re-sic] de décevoir, mais par contre [re-re-sic], j’ai pas peur [re-si-sic] de la mort ». Et un petit dernier pour la route : « Votre mot préféré ? – Toujours. Toujours aller jusqu’au bout. Au bout de tout ». Quel artiste ! Si je n’ai pas entendu dix mille fois ce genre d’affirmation, je ne l’ai jamais entendu. Enfin, cette perle : « Et le mot gloire ? – Je l’aime dans le sens où elle [re-re-re-sic] rejaillit sur les autres, ça n’a rien à voir avec l’orgueil ou la prétention ». Qui aurait pu croire une chose pareille, cher Francis ?
Une chose me ravit positivement et quotidiennement, dans ce genre d’émission : tout le temps que l’invité se trouve présent, on lui passe la brosse à reluire ; mais, dès le lendemain, on multipliera les allusions discrètes à sa prétention, à son air maussade qui « a cassé l’ambiance », à ses vantardises, à ses attentats contre la grammaire et la syntaxe, à ses illusions quant à son talent, et tout ce que vous pouvez imaginer. Il y a quelques années, ce comportement à double face des animateurs de radio-télé, tous réincarnés de Janus, me faisait bouillir ; aujourd’hui, je me contente d’en rire et de les épingler, ici ou ailleurs. Non que j’espère changer quoi que ce soit, mais se payer la tête des précieuses ridicules est un plaisir quotidien, on n’a pas de raison de s’en priver.
(NB : Huster emploie le mot sublissime, et précise que, quand il est avec ses filles, il a « l’impression d’être plus bon ». Encore un acteur qui assassine sa propre mère et son outil de travail, la langue française. Vous ai-je dit combien j’appréciais cet adjectif étrange, sublissime ? Comment l’a-t-on fabriqué ? Le premier qui me donne une explication logique gagne son poids de moutarde)