Les émissions-téléphone
Avant de se faire virer pour cause de médiocrité, et sans avoir été prévenue qu’elle le serait (ce qui nous rappelle que Jean-Luc Hees, aujourd’hui PDG de Radio-France, avait, comme directeur de France Inter, viré Laurence Boccolini avec la même brutalité, en février 2000), cette pauvre Isabelle Giordano s’est débattue, comme un rat sur une plaque chauffante, pendant les dix mois qu’avait duré sa lamentable émission Les affranchis. À vrai dire, j’avais compris dès le 16 janvier, donc après quatre mois et demi, que ses jours étaient comptés, lorsque Philippe Val avait raboté sa prestation de dix minutes pour y insérer À votre écoute, coûte que coûte – un intermède comique.
Sa spécialité, à cette pauvre Isabelle, c’était l’émission-téléphone. Le principe est simple : un invité, un téléphone, des auditeurs appellent et posent une question, le meneur de jeu surveille la réponse de l’invité et met son grain de sel. En fait, l’auditeur n’est pas libre : il doit proposer sa question AVANT l’émission, on le sélectionne ou pas sur consultation de l’animateur et de l’invité, et... on lui coupe le micro s’il cherche à discuter.
Il y a eu des précédents à ce type d’émission. Le plus mémorable, c’était L’émission d’Anne Gaillard (oui-oui, c’était le titre). Anne Gaillard, qui était coriace comme jamais entendu auparavant, défendait les consommateurs avec une énergie tout à fait inouïe ; la seule capable d’inviter un ministre en exercice et de lui crier « Taisez-vous, monsieur le ministre, vous n’avez pas la parole ! ». Authentique. Naturellement, comme elle étrillait les salauds qui mettaient dans le commerce toutes sortes de camelote, voire du poison, elle était unanimement détestée par eux, mais les auditeurs l’adulaient, et, malgré les pressions, elle est restée plusieurs années.
Celle qui a eu sa peau, c’est... Simone Signoret ! La virtuose de la pétition avait écrit un livre, La nostalgie n’est plus ce qu’elle était, or Jean-Édern Hallier avait prétendu qu’elle n’avait pas écrit son livre elle-même. Anne Gaillard avait invité Hallier sur France Inter, il avait réitéré ses accusations, et madame Montand avair remué ciel et terre (avec dépôt de plainte, je crois) pour faire renvoyer Anne Gaillard. Le coup de l’intimidation avait marché, et Anne avait perdu son boulot.
Ce que c’est que d’être la madone de la gauche et la copine de Guy Bedos !