« Nous » quitter, est-ce admissible ?

Publié le par Yves-André Samère

Est-ce une loi ? Il semble devenu impossible de dire que quelqu’un est mort, et on l’a encore vérifié tout récemment, avec le décès d’Alain Resnais. On n’entend plus JAMAIS dire que Untel est mort, mais qu’il nous a quittés. Et ce matin, sur France Inter, on n’a cessé de radoter que Claude Nougaro « nous a quittés » depuis dix ans.

Il NOUS a quittés ? Nous sommes personnellement visés par ce malotru qui a poussé le mauvais goût jusqu’à NOUS laisser tomber en passant de l’autre côté de la barrière ?

À moins que les zozos qui s’expriment de cette façon veuillent laisser entendre qu’ils étaient des familiers du défunt. Une façon de se faire mousser à peu de frais ?

Publicité

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
En lisant, si on en a le courage, tous les textes que j’ai rédigés sur le sujet, on peut constater que j’ai fréquemment écrit sur cette question. Il y a ce mot d’Albert Camus, probablement inventé<br /> par d’autres, et disant que, quand on n’emploie pas le mot exact, on augmente le mal du monde. C’est loin d’être faux !
Répondre
C
Je ne sais pas si c’est dans l’air du temps mais on emploie les euphémismes à tort et à raison. A l’origine, les Grecs l’employaient en disant « Euménides » au lieu d’ « Erinyes » pour ne pas les<br /> provoquer inutilement en prononçant leur nom, et je veux bien que l’on évite de dire « mourir » ou « décéder » pour ne pas choquer la famille ; en revanche, les journalistes ou les acteurs qui ne<br /> sont pas forcément des proches du réalisateur mort ne devraient pas abuser du « nous a quitté » et appeler un chat « un chat » (remarquez que je n’ai pas oublié les guillemets). C’est pire en ce<br /> qui concerne le vocabulaire économique dont tout mot à connotation négative est bannie : « baisse » a disparu au profit de « décroissance », « licenciement » ou « fermeture » sont remplacés par «<br /> restructuration » ou « redéploiement » et j’en passe des meilleurs.
Répondre