Poètes bidons : Théophile Gautier
Les grands écrivains, ceux qui ont l’estampille « artiste officiel », il faut en prendre et en laisser. Surtout les poètes !
Ainsi, au cas où l’on citerait en votre présence le nom de Théophile Gautier, et bien que, probablement, vous n’ayez jamais lu une ligne de cet écrivain (je dois être le seul Français à m’être tapé Le capitaine Fracasse en version intégrale, vers mes dix-douze ans), vous feindrez la révérence de rigueur, avant de passer à Michel Houellebecq et Katherine Pancol. Et vous aurez bien raison !
Cet après-midi, je suis tombé sur un des poèmes du cher Théophile, intitulé La mansarde. Merci, estimé Bernard Pivot, pour cette découverte. Je cite les quatre premiers vers, car je ne saurais garder pour moi ce chef-d’œuvre :
Sur les tuiles où se hasarde
Le chat guettant l’oiseau qui boit,
De mon balcon une mansarde
Entre deux tuyaux s’aperçoit.
Non, je n’oserais pas vous déranger pour une mansarde qui s’aperçoit entre deux tuyaux, il y a mieux dans ce bijou. A priori, un poète s’efforce de mettre un peu de beauté dans ses écrits, sinon ce n’est pas la peine. Or, s’il vous plaît, veuillez relire le premier vers, et noter la musique de cette chose. On y entend exactement ceci, à partir de la troisième syllabe : « leu-zou-seu-a-za ». Prononciation qu’on est obligé de conserver si l’on veut que la rythmique corresponde à celle d’un octosyllabe. Admirable, non ? Après un vers de Théophile Gautier, le silence qui suit est encore de lui.
Allons, bonne nuit. La prochaine fois, je dirai quelques mots gentils sur José Maria de Hérédia, autre poète qu’on a fait ingurgiter à des générations entières d’écoliers français, belges et suisses. On parlera un peu de son « vol de gerfauts ». Pas tous les jours qu’on rigole, comme chantait Brassens.