Prodigalité papale
Comme tout un chacun, vous savez à quel point l’Église catholique est pauvre. Certes, certes, ses dignitaires vivent comme des nababs, et la chose a scandalisé jusqu’au pape actuel, qui n’a pas encore digéré le coup du cardinal Bertone et de son appartement de sept cents mètres carrés, dont on ne feint seulement pas de croire qu’il se l’est offert avec ses petites économies à la Caisse d’Épargne.
Mais enfin, les papes eux-mêmes s’entendent à faire valser l’anse du panier. Le prédécesseur toujours vivant de François Ier, le très populaire Benoît XVI, avait un faible pour les beaux vêtements à la mode, et il se vêtait un peu mieux que les lys dont parle Jésus. Il n’avait qu’un défaut, il craignait le soleil. Aussi avait-il fait construire dès son arrivée, au-dessus de la cour du palais, un toit de verre le protégeant des rayons ultra-violets. Ce toit mesure seulement trente mètres de large sur vingt-huit mètres de long. C’est donc très modeste.
Néanmoins, le détenteur du record de la dépense inutile est détenu par Jean-Paul II, qui, non content de s’offrir d’incessants voyages dans toutes sortes de pays exotiques, savait également aménager son petit chez-soi. C’est ainsi qu’il prit en mains la rénovation de Castelgandolfo. Quand la presse bien-pensante mentionne Castelgandolfo, résidence papale des week-ends qui se trouve à moins de vingt kilomètres au sud-est de Rome, elle parle pudiquement d’une « villa ». La bonne blague ! Il s’agit d’un palais, aussi vaste que les desseins de Dieu, plutôt luxueux, et dominant un lac magnifique, celui d’Albano. Or, quand il monta en 1978 sur le trône vaticanesque, Jean-Paul regretta immédiatement de ne plus pouvoir faire autant de sport qu’auparavant. Qu’à cela ne tienne, il y fit construire une piscine de dix-huit mètres, réservée à son seul usage bien entendu. Hélas, l’attentat dont il fut victime deux ans et demi plus tard lui interdit d’en profiter plus longtemps. Quoi ! En faire bénéficier le petit personnel du palais ? Vous plaisantez, mieux valait reboucher le trou. Et ladite piscine, comblée, n’existe plus. Mais quoi, faire et défaire, c’est toujours travailler.