Pudibonderie gaullo-pompidolienne
Jusqu’à l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République en 1974, après la mort prématurée de Georges Pompidou, la pudibonderie était officielle. Quelques années auparavant, l’épouse de leur prédécesseur De Gaulle, la fameuse tante Yvonne, avait renvoyé de l’Élysée une femme de chambre enceinte mais malheureusement célibataire, et, en juin 1964, sa contagieuse conception de la morale avait contribué à faire virer de la télévision (qui n’était alors que d’État) une speakerine, Noëlle Noblecourt, dont la caméra avait malencontreusement filmé les genoux ! Cette histoire ridicule paraît aujourd’hui incroyable, mais elle a vraiment eu lieu.
Bien entendu, le gouvernement était nataliste, et le Premier ministre, Michel Debré, multipliait les campagnes en faveur de la natalité. Corollaire, la pilule anticonceptionnelle n’était pas autorisée, et les divers moyens contraceptifs n’étaient tolérés que parce qu’ils prévenaient contre les maladies vénériennes, qu’on n’appelait pas encore « M.S.T. ».
Du côté de la presse et du cinéma, c’était la censure impitoyable. Pas question de montrer les sexes en photographie ni à l’écran, et l’interdiction dura jusqu’en 1968, avec la sortie du film anglais If..., de Lindsay Anderson. Même l’illustre Marcel Carné se fit censurer cette année-là pour un film, Les jeunes loups, qui comportait quelques plans de bain nu dans une piscine (bien que, deux ans plus tôt, on ait pu voir une courte scène analogue, mais nocturne, dans Les cœurs verts, d’Édouard Luntz – dérapage laxiste ?) ! Il y eut ainsi, vers la fin des années soixante, deux évènements qui nous apparaissent aujourd’hui grotesques, l’édition d’un livre et la projection d’un court film « éducatif ».
Le livre était en fait un petit recueil de photographies intitulé Positions. On y voyait, sur les pages de droite, un couple hétérosexuel (évidemment !), nu mais dont les organes étaient soigneusement dissimulés par le cadrage, dans diverses positions amoureuses. En regard, sur la page de gauche, un commentaire prétendait renseigner le lecteur sur les avantages et les inconvénients de la position. Or, très hypocritement, les commentaires de certaines positions donnaient un avis défavorable, parce que ladite position « ne permettait pas facilement la procréation ». On affectait par conséquent de croire que procréer était le seul but de l’acte sexuel ! Évidemment, cela ne trompait personne, mais servait de paratonnerre contre les foudres du ministère de l’Intérieur.
Quant au film, qui ne durait guère qu’un quart d’heure, fabriqué semble-t-il par le planning familial, il était projeté, gratuitement je crois, dans une rue proche des Champs-Élysées, et prenait la forme d’un documentaire destiné à enseigner, tout comme le livre cité plus haut, les diverses positions de l’amour. Mais les personnages étaient remplacés par des dessins représentant... des fleurs ! Cette fois, les promoteurs ne prenaient aucun risque.