Cocher toutes les cases ?
Le 5 février, j’ai raillé les innombrables panurgistes qui, croyant faire du style, se servent depuis quelques mois d’une expression à vous faire grincer les dents au point qu’elles fuient en hâte leur gencive natale – et merci de la part des dentistes. Cette expression consiste à prétendre qu’un candidat à n’importe quel poste et qui a bien répondu à un questionnaire a, par conséquent, « coché toutes les cases ».
Selon moi, c’est à ces nunuches qu’il en manque une, de case. Le fait de vouloir se singulariser en faisant exactement la même chose que tout le monde est, vous en êtes vous aussi persuadés, un signe de grande intelligence, qui fait de ces adultes un peu ratés des concurrents sérieux pour déployer leurs talents oratoires dans une cour de récréation d’un collège pour déficients mentaux de la Seine-Saint-Denis.
(Ici, une parenthèse : ne hurlez pas, je ne dénigre pas la Seine-Saint-Denis. C’est bien dans ce département qu’a été créé le concours Eloquentia, où a triomphé mon cher Eddy Moniot. Et j’aurais pu m’y installer, si je n’avais pas hérité de la fortune de ma famille, qu’elle a confortablement arrondie entre 1942 et 1945).
Or, justement, je trouve cette semaine la même expression dans « Le Canard enchaîné », sous la plume d’un autre déficient mental dont je ne connaissais pas le nom, un incertain Fabrice Colin, en page 6, au début d’un article titré Pas question de faire le mûr (ouarf !), à propos d’un livre intitulé Les désaccordés. C’est ce fabuleux rédacteur qui est un peu désaccordé.