Joie ! La crise va finir... bientôt
Le 7 mai de cette année, j’ai rédigé ici une petite note (presque) humoristique disant à peu près ceci : nos entreprises délocalisent dans les pays à bas salaires, et nous n’y pouvons rien, car il n’existe (et ne peut exister) aucune loi qui empêche un patron d’aller s’installer à l’étranger s’il y trouve son compte : jusqu’à preuve du contraire et l’installation d’une dictature en Europe, les gouvernements n’ont pas le pouvoir de séquestrer les usines ! Soit dit en passant, ce n’est même pas immoral, car je vois mal en quoi un ivoirien, un tunisien ou un philippin est moins digne d’avoir un travail qu’un citoyen européen, et s’il nous retire aujourd’hui le pain de la bouche, consolons-nous en pensant que nous en avons bien profité depuis deux siècles que la civilisation industrielle est née en Angleterre (dans les conditions que vous savez, et lisez donc Dickens si vous ne le savez pas). Chacun son tour. J’affirmais, par conséquent, que tout cela durerait tant que les salaires des pays qu’on n’ose plus qualifier de « sous-développés » resteraient à un niveau que chez nous on a oublié depuis longtemps.
Mais il est connu que, même là-bas, les salaires augmentent peu à peu ; jusqu’à l’Afrique, laquelle, nous dit-on, est en train de sortir de la mouise avec un taux de croissance jamais vu sur ce continent. Viendra donc un jour où les salaires dans ces pays atteindront le niveau actuel des salaires européens, canadiens, états-uniens, etc. À cette date, la tendance se renversera, disais-je, et les patrons chinois ou indiens se battront pour délocaliser leurs usines... chez nous ! Ce sera donc la fin du chômage dans nos pays auparavant développés et qui avaient ensuite cessé de l’être – notre situation présente.
On imaginait que cela surviendrait dans un avenir pas très proche, mais, bonheur, cette révolution économique semble avoir commencé, puisque, en Chine, et selon « Le Monde-Économie » du 22 août, la hausse des salaires et de la monnaie chinoise, le yuan, sont tels que le coût salarial de ce pays atteindra celui des États-Unis dans... quatre ans ! Les experts de Natixis prévoient que « la Chine ne sera bientôt plus un endroit compétitif pour produire » (comprenez : un concurrent dangereux), et que « Cette perte de compétitivité va conduire à de fortes délocalisation d’activités ».
Exactement ce que j’avais écrit... Champagne !