Gaz hilarant

Publié le par Yves-André Samère

Cette courte nouvelle a été écrite par Alfred Hitchcock, et publiée dans The Henley: Social Club Magazine of the Henley Company Ltd, I, n°1, en juin 1919. C’est le tout premier texte écrit par Hitchcock, alors qu’il avait moins de vingt ans (il est né le 13 août 1899). La William Thomas Henley Company était une société qui fabriquait des câbles de télégraphie, où il eut son premier travail à quinze ans, avant de passer en 1918 au service de la publicité. L’humour noir d’Hitchcock se manifeste déjà. Le titre original est « Gas. », avec un point. Le texte, traduit en français par Pierre Gugliemina, est intitulé « Gaz hilarant ». Je n’ai pas pu trouver qui était le Duvain dont il est question dans la première phrase.

 

Elle n’était jamais venue dans ce coin de Paris – elle avait seulement lu ce qu’en disaient les romans de Duvain, ou vu ce qu’en présentait le Grand-Guignol. C’était donc Montmartre ? Ce lieu horrible où rodait le danger à la nuit tombée, où les âmes innocentes périssaient sans le moindre avertissement, où la fatalité guettait les imprudents, où les apaches faisaient la fête.

Elle avançait prudemment à l’ombre du grand mur, jetant des regards furtifs derrière elle, redoutant la menace cachée qui était peut-être sur ses talons. Soudain, elle s’est précipitée dans une ruelle, sans vraiment savoir où elle menait... tâtonnant dans la nuit d’encre, la pensée d’échapper à son poursuivant occupant tout son esprit... elle avançait... Oh ! quand tout cela allait-il finir ?... Puis elle a vu se découper dans l’obscurité une porte éclairée... ici... n’importe où, s’est-elle dit.

La porte était située au pied de quelques marches... Des marches usées qui se sont mises à grincer quand elle a commencé à les descendre... Elle a alors entendu le bruit de rires avinés et elle a frissonné – c’était sûrement... Oh non, pas ça. Tout, mais pas ça ! Elle a atteint le bas des marches et découvert un bar à vin qui puait, rempli d’épaves qui avaient été autrefois des hommes et des femmes, en pleine orgie... Ils l’ont vue aussitôt, cette vision de pureté en proie à la terreur. Une demi-douzaine d’hommes se sont précipités sur elle, encouragés par les cris des autres. Ils l’ont attrapée. Elle a poussé un cri... Une vague pensée lui a traversé l’esprit – elle aurait mieux fait de se laisser prendre par son poursuivant – tandis qu’ils l’entraînaient brutalement dans le bar. Son sort a été fixé sans délai par les voyous. Ils allaient se partager tout ce qu’elle avait sur elle... et elle... Eh bien, quoi ? N’était-ce pas le cœur de Montmartre ? Elle devait disparaître – les rats se régaleraient. Ils l’ont attachée et emmenée le long d’un passage sombre, ont grimpé un escalier en direction du fleuve. Les rats d’eau allaient se régaler, disaient-ils. Et puis... ils ont balancé son corps ligoté avant de le lâcher dans les eaux noires et tourbillonnantes. Elle s’est enfoncée, enfoncée, enfoncée. Seulement consciente d’une sensation d’étouffement... C’était la mort... Et puis...

« C’est terminé, madame, dit le dentiste. Vous me devez cinq shillings, s’il vous plaît. »

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