Article compliqué

Publié le par Yves-André Samère

Cela ne vous a pas échappé si vous me lisez de temps en temps, je m’intéresse assez aux divers aspects du langage, et tout particulièrement, à ce que George Orwell aurait qualifié de « novlangue » – le charabia de notre époque, à base d’abréviations incongrues et de vocabulaire pseudo-anglais.

Ainsi, depuis quelques mois, voire davantage, tout le monde ou presque abuse du mot compliqué, participe passé employé comme adjectif. Même Alec Vizorek l’a employé ce matin dans sa chronique humoristique de France Inter, qui avait pour titre « Est-ce qu’un homme de gauche peut vivre avec une femme d’extrême droite ? ». Inutile de préciser que l’humoriste estime cela compliqué !

Mais qu’est-ce que signifie ce mot, employé ainsi ?

Réflexion faite, il est détourné de son sens originel, « qui offre des complications », ce dernier mot désignant, tenez-vous bien, « l’action de compliquer » (c’est le Littré qui le dit, donc nous avons fait, en nous esclaffant, un grand pas en avant). Heureusement, le Reverso, dictionnaire en ligne, précise que c’est un « événement nouveau qui modifie l’aspect d’un problème et le complique (Tiens donc !) », ou encore, une anicroche, un ennui, un désagrément, un accident, un contretemps, un imprévu, un empêchement, un pépin – ils ne sont pas allés jusqu’à emmerdement, restons correct.

En réalité, le sens actuel est le suivant : est compliqué tout ce qui est IMPOSSIBLE. Ce sens tient à la tournure d’esprit de nos contemporains, qui tend, soit à atténuer ce qu’on estime trop fort, soit à renforcer ce qu’on estime trop mou, point de vue de ceux que j’appelle « enjoliveurs ». Ainsi, le redressement économique de la France ou l’accession de Laurent Wauquiez au poste de président de la République s’avèrent compliqués.

Mais prenons un exemple ailleurs : dans l’épisode 7 du feuilleton britannique sorti sur Netflix le 8 décembre et pas encore diffusé en France, The crown, saison 2, intitulé Matrimonium et qui détaille le mariage de la princesse Margaret avec ce voyou qu’était Tony Armstrong-Jones (mariage qui a très mal tourné et s’est conclu par un divorce), la reine Elisabeth dit trois fois à sa sœur que son prétendant est un homme « compliqué », c’est dans le dialogue original en anglais, complicated – il a au moins trois maîtresses, dont une enceinte, aime aussi les hommes, et méprise tous les membres de la famille royale. Et donc, la novlangue dont je parlais au début ne concerne pas les Français uniquement.

J’espère que vous ne trouvez pas ce point de vue trop compliqué (au sens originel).

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

cacciarella 01/03/2018 23:24

Je n'écoute l'émission que si il est là ! Le reste n'a que peu d'intérêt , si ce n'est Maurin .

Yves-André Samère 02/03/2018 08:25

En effet, moi aussi. Mais l’émission s’améliore quand Nagui est absent. Ce type parle beaucoup trop.

cacciarella 01/03/2018 16:23

En écoutant Albert Algoud sur inter, à 11 h , j'ai réalisé qu 'il est le seul a parler de sa "camionnette" . On parle plutôt de pickup, van , combi , camping-car ,etc . Merci Albert !

Yves-André Samère 01/03/2018 17:57

Albert est un type très bien, beaucoup plus cultivé que la moyenne de ses acolytes. Je l’ai croisé plusieurs fois dans les studios de France Inter.