Trucages de cinéma : la rotoscopie

Publié le par Yves-André Samère

La rotoscopie est un procédé de trucage des images cinématographiques, dont je vous parle deux paragraphes plus loin. Or son nom est fâcheux, à cause de son étymologie. Certes, scopie fait penser à téléscope, à microscope et même à CinémaScope, et on en déduit que cela concerne ce qui se voit, donc les images. Mais où le bât blesse, c’est le début du mot, roto, qui évoque la rotation, or il n’y a rien qui relève de la rotation dans ce procédé. Expliquons.

Le mot rotoscopie vient de Rotoscope, un appareil inventé en 1915 par Max Fleischer, qui l’utilisa quand il se lança dans la fabrication de dessins animés. Cela consistait à projeter une image sur une plaque de verre, sur laquelle un dessinateur traçait le contour de la partie d’image à modifier – un travail de bénédictin si le film comportait de nombreuses images. Je compte d’ailleurs vous en reparler quand je détaillerai le procédé utilisé pour Les oiseaux, d’Alfred Hitchcock, dans la célèbre et courte séquence où l’on voit des mouettes, venues du ciel, attaquer la petite ville de Bodega Bay. Cette séquence, dont j’ignorais comment elle avait été faite, m’a intrigué durant pas mal d’années. Et vous constaterez que ce n’était pas simple !

Aujourd’hui, on n’utilise plus le rotoscope, mais des ordinateurs, et des logiciels de retouche d’image. D’ailleurs, le brevet du Rotoscope, qui avait été déposé par son inventeur en 1915, est tombé dans le domaine public en 1934, et toutes les sociétés de cinéma se sont précipitées dessus, puisqu’elles n’avaient plus de redevance à payer. Et les logiciels de retouche, comme Photoshop, ont tous une commande de détourage, qui consiste à tracer une ligne fermée en suivant minutieusement le contour d’un objet à supprimer ou à déplacer. Supprimer ? Mais cela arrive constamment. Vous avez sans doute vu à la télévision ce reportage sur le tournage à Paris du prochain film avec Tom Cruise, où l’acteur, chevauchant une moto, en est éjecté et fait un saut périlleux vers l’avant. Cruise fait volontiers ses cascades lui-même, mais il n’est pas trapéziste comme Burt Lancaster, et il était soutenu par des câbles, qu’évidemment il fallait ensuite, en post-production, effacer sur les images. Et, en 1962, quand Philippe de Broca tourna son film Cartouche à Pézenas, il fallut effacer tous les modernes panneaux de signalisation de la ville, puisque l’histoire se déroulait au dix-huitième siècle. Quant à la possibilité de déplacer (ou de coller sur une image pré-existante) un objet, elle permet par exemple de vous montrer en train de poser devant le Taj Mahal, même si vous n’avez jamais mis les pieds en Inde. Voyez dans les films de la série Star wars, avec ces personnages qui se battent à coups de sabre-laser : eh bien, durant le tournage, ils utilisent des sabres ordinaires, mais on y superpose, pendant la post-production, des images de sabre lumineux, grâce à la rotoscopie. Évidemment, il faut faire cela sur chaque image, et c’est un travail de longue haleine.

Pour écrire cet article, je n’ai pas consulté Wikipédia, j’ai simplement repris quelques détails d’un petit film diffusé sur Arte le 8 juin, intitulé Remue-méninges, d’ailleurs assez sommaire et mal fait : je n’en ai guère conservé que les quelques informations sur Max Fleischer.

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