Au jour d’aujourd’hui

Publié le par Yves-André Samère

Une expression qui me bassine singulièrement parce que c’est un pléonasme magistral, et que j’ai encore entendu ce matin : « au jour d’aujourd’hui ». Expliquons.

À l’origine, on disait seulement hui pour désigner le jour où nous sommes, et ce mot venait du latin hodie. Mais tout cela remonte si loin que même Line Renaud ne s’en souvient plus. La seconde étape est venue le jour où un petit malin, sans doute aussi cultivé qu’un de nos modernes journalistes de radio – et pourtant, France Inter n’avait pas encore ouvert ses antennes – s’est avisé qu’on ne le comprendrait pas s’il ne précisait davantage, un peu comme l’un de ces serpents à sornettes qui, chaque jour que Dieu fait, vous annoncent qu’il est « midi passé de cinq minutes ». L’olibrius dont je parle et que je regrette de ne pas avoir connu (car mon pied me démange encore) a donc révélé à son entourage que le moment présent se trouvait « au - jour - d’ - hui », et pas hier ou à la Saint-Glinglin. Cette soupe sémantique a dû sembler si appétissante à ses contemporains que, guère rebutés par la répétition, ils se sont jetés dessus, et ont amalgamé le tout en un seul mot, à gober sans respirer : aujourd’hui.

On avait ainsi le premier vocable intrinsèquement pléonasmique, si j’ose dire. Mais cela ne suffisait pas. Plus tard est venu un autre artisan de la langue, sans doute insatisfait, qui a posé une nouvelle couche sur le sandwich – ou accroché une nouvelle voiture à ce train de niaiseries, comme vous voulez –, et nous voilà avec un « au jour d’aujourd’hui », dont on peut supposer qu’il aura de nombreux héritiers.

Mais pas dès aujourd’hui, espérons-le.

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