Éloge de la musique militaire

Publié le par Yves-André Samère

On connaît la bonne blague de Georges Clemenceau : « La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique ». À vrai dire, il se servait de ce faux adage comme de démonstration, voulant signifier – d’ailleurs il l’a dit – qu’il « suffit d’ajouter militaire à un mot pour lui faire perdre sa signification ».

Je n’ai guère d’avis sur la justice militaire, avec laquelle je n’ai eu que peu de relations. Mais sur la musique militaire, je peux vous proposer au moins trois contre-exemples, montrant que ce type de musique n’est pas si primaire qu’on le prétend.

Il y a d’abord la Marche de Radetzky. C’est sans doute la marche la plus célèbre au monde, très populaire à Vienne où elle fait presque office d’hymne municipal. Elle est due à Strauss ; pas Richard ni Oscar (qui d’ailleurs s’appelait Straus, avec un seul S), bien que ce dernier en ait inclus un extrait dans son opérette Trois valses. Le compositeur de cette marche ultra-célèbre est bien Johann Strauss père (pas le compositeur de cette valse mondialement connue, Le beau Danube bleu, composée par son fils, et j’admets assez mal que certains fassent la fine bouche devant ce genre de musique ; Kubrick, lui, n’a pas dédaigné de l’utiliser pour son 2001: a space Odyssey). Bref, vous pouvez écouter la Marche de Radetzky ICI, et ne me dites pas que vous ne l’aviez jamais entendue. Comme cet enregistrement a été fait à l’Opéra de Vienne, vous pourrez aussi admirer cet exemple unique : le chef d’orchestre dirigeant le public, qui tape dans ses mains et pollue beaucoup moins la musique que celui qui fait la même chose dans les émissions publiques de France Inter dès qu’un chanteur vous balance un air un peu rythmé !

Autre exemple, la Marche militaire de Franz Schubert. J’ai choisi l’enregistrement le plus original, où le morceau est joué par quatre pianistes chinois, un adulte et trois jeunes filles, qui le jouent tellement vite qu’un commentateur a pu dire que ce n’était plus de la marche, mais de la course ! C’est ICI.

Enfin, la Polonaise militaire de Frédéric Chopin, ultra-connue, l’un de ses morceaux les plus faciles (je le massacre souvent au piano), et qui possède cette particularité unique : de toute l’œuvre de ce compositeur, c’est le seul qui ne comporte jamais la nuance piano. Autrement dit, on le joue fort d’un bout à l’autre ! Il y a très peu d’enregistrements corrects en vidéo. On en trouve un ICI.

Aucun de ces morceaux n’évoque vraiment l’armée et la guerre, et tant pis pour les clichés.

(Et ne me parlez pas de la Marche nuptiale de Mendelssohn, ce n’est pas de la musique militaire, même si le mariage est une autre forme de la guerre, et qui fait bien davantage de victimes)

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Z 12/04/2018 09:44

Votre propos ne fait que confirmer que la musique militaire n'est que de la musique dans son expression la plus fruste : en effet, les exemples que vous donnez ne sont pas de la musique militaire, mais de vraies œuvres musicales composées par des vrais compositeurs, même si leur inspiration trouve son origine dans la vie militaire. Et ce sont les propos d'un ancien officier de marine (nationale, pas marchande...). Quant à la justice militaire, je suis bien content de ne jamais y avoir été confronté ! Et pour ce qui est de l' "art militaire", on sait bien que ça n'a rien à voir avec l'art tout court ;)

Yves-André Samère 12/04/2018 10:31

Ce n’est pas moi qui ai collé l’adjectif “militaire” dans le titre de ces œuvres, mais leurs auteurs (ou leurs éditeurs). Je suppose qu’ils savaient ce qu’ils faisaient. Je n’ai aucune opinion personnelle là-dessus.