Ésaü et Jacob, frères ennemis

Publié le par Yves-André Samère

Étrange histoire racontée au chapitre 27 de la Genèse. Étrange à double titre. D’abord, parce que tout le chapitre lui est consacré, ce qui arrive rarement pour les petites anecdotes ; ensuite, parce que cette histoire de famille est passablement ridicule et invraisemblable. Je sais, vous allez me dire que, dans la Bible, c’est souvent le cas !

Vous n’avez pas oublié qu’Abraham, l’un des favoris de Dieu, a eu deux fils connus, l’un né de sa servante Agar, et qui s’appelait Ismaël ; l’autre, de sa femme Sarah, et qui fut appelé Isaac. C’est cet Isaac qui devait servir de victime pour éprouver la soumission d’Abraham aux caprices de l’Éternel prétendu – qui exigea, dans sa bonté bien connue, que son père l’égorgeât –, mais qui fut épargné in extremis.

Devenu adulte, cet Isaac se maria à l’âge de quarante ans avec une femme prénommée Rébecca, et en eut deux fils très dissemblables, tant par le physique que par le caractère, Ésaü et Jacob : le premier, l’aîné, était sot et poilu comme le yéti, le second était glabre et rusé comme Tintin (oui, je suis en train de relire Tintin au Tibet, ne vous étonnez pas). Or Isaac, devenu vieux et presque aveugle, sentit sa mort prochaine, comme dans la fable de La Fontaine, et conçut l’envie bien naturelle de se taper un gueuleton avant d’aller manger les pissenlits par la racine. Il fit donc venir Ésaü et le pria d’aller chasser, et de lui préparer un plat avec le gibier qu’il trouverait. Mais Rébecca, en bonne mère, préférait son cadet, et elle lui ordonna d’aller prendre un chevreau dans le bétail de la famille, et de couper l’herbe sous le pied de son frère en préparant le festin avant lui. Isaac, sans doute, n’était pas seulement vieux et aveugle, il devait aussi avoir perdu le sens du goût si sa propre femme le jugeait capable de confondre un chevreau avec du gibier, mais passons... Bref, Jacob suivit le conseil de sa mère, espérant ainsi rafler l’héritage en vue. Mais il s’inquiétait de ce que son absence de pilosité permettrait au paternel miraud, en le touchant, de reconnaître que ce n’était pas Ésaü qui lui offrait le repas – d’où il faut conclure qu’Isaac était également sourd !

Rébecca trouva la solution : faire porter à Jacob les vêtements d’Ésaü, et lui recouvrir les mains et le cou avec... la peau évidemment velue du chevreau. Si bien qu’Isaac, charmé que le repas fût arrivé si vite, bénit le tricheur et lui transmit son héritage. Mais Ésaü, revenu de la chasse et déshérité, trouva la plaisanterie saumâtre et se mit à faire du chambard. Malgré cela, son père ne voulut rien entendre, comme quoi c’était bien un sage, et il maudit son fils aîné, qui pourtant n’avait rien à se reprocher.

Plein de haine, Ésaü se promit de tuer son frère à la première occasion, mais Rébecca poussa Isaac à partir chez son oncle, et les deux frangins ne se revirent plus. Rébecca avait évité un épisode réédité de Caïn contre Abel.

Ah ! les femmes...

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