Juliette Binoche dans ses œuvres

Publié le par Yves-André Samère

En toute conscience, il est impossible de laisser tomber dans l’oubli les grands textes, ne serait-ce que par souci de conserver l’Histoire. C’est pourquoi, en vue d’édifier les personnes qui se seraient égarées sur ce bloc-notes, et en premier lieu les cinéphiles qui rejettent l’abominable jugement d’Alfred Hitchcock « les acteurs sont du bétail », voici, pour prouver le contraire, le discours prononcé par Juliette Binoche lorsque lui a été décerné, le dimanche 23 mai 2010 à Cannes, le prix d’interprétation féminine. Une grande leçon d’intelligence et de bon goût, en seulement trois minutes.

– Merci beaucoup. What a joy ! What a joy ! What a joy to work with Abbas ! [Kiarostami, le réalisateur de son film] Ta caméra était celle qui... qui m’a révélée à mon féminin, à mes complexités, à ma générosité. Ta bienveillance a été celle qui m’a portée le long de cette aventure qui était si belle. Y a presque pas de mots, parce que, ce qu’on ressent devant une caméra qui vous aime, qui vous entoure, qui... qui attend, qui sait aimer, ça, c’est le plus... le plus beau des miracles. Merci à ces producteurs qui nous ont portés tout le long de cette histoire, depuis ce début, ce coup de fil que j’ai donné à Marin Karmitz [producteur]. Il doutait, mais très vite il a plus douté. Merci à Charles Gilibert [producteur], à Angelo Barbagallo [le traducteur], qui était là tous les jours avec nous, dans la chaleur de Lucignano. Merci à Nathanaël [Karmitz, producteur] d’être là derrière. Les cinq personnes qui m’ont... qui m’ont aidée précieusement ont été Massoumeh Mahidgi ; ont été Mattile Inserti, au tout début, quand j’ai commencé à rencontrer Abbas, à Cannes ; ont été Vernescchie, qui m’écoute, qui est allongé dans un lit d’hôpital ; ont été... mon Dieu, la mémoire se perd. Merci au jury, qui a été long à délibérer, mais vous y êtes arrivés, je suis très heureuse. Merci à Gilles [Jacob, président du festival], mon ange gardien, merci à Thierry Frémaux [délégué général du festival], l’organisateur qui a décidé de nous faire passer à 22 heures ça ch’peux pas le rater celui-là, Thierry, juste pour te faire plaisir. Merci à... à mes parents, qui ont été... ma mère qui, qui nous a élevés seule, mais aussi à mon père, à qui j’ai su pardonner. Je les aime du fond du cœur. Et merci à mes enfants qui ont supporté mes absences. Je crois que l’amour, dans ce film, il a toutes sortes de... de tournants et de retournants et de tout ce qu’on veut, mais il n’empêche que je crois à l’amour, que je crois qu’un jour je me marierai, malgré tout, et je remercie du fond du cœur les hommes qui m’ont aimée et qui ont su me supporter.

(A suivi un speech sur ce cinéaste iranien emprisonné, Jafar Panahi, membre du jury mais qui n’a pas pu venir à Cannes)

L’Histoire retiendra par conséquent que madame Binoche a été révélée à sa générosité par une caméra qui l’entourait, qu’elle a su pardonner à son père – détail qui ne pouvait que passionner le public –, et qu’elle espérait se marier avec un homme qui enfin la supporte. On lui souhaite de le trouver, ce qui, après tant de pudeur et de modestie, va certainement s’avérer une simple formalité.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Yves-André Samère 20/10/2010 09:55


Oui, il était « magnifiquement » bête. Comme quoi, être acteur ne réclame aucune intelligence.


Christelle 19/10/2010 22:57


Je suis heureuse, de ne pas être la seule à avoir retenu ce discours..il est magnifique, j'aurais aimé trouver la vidéo, merci de nous avoir fait partager ce texte..


DOMINIQUE 30/05/2010 08:22


On souhaite au futur qu'il soit sourd (on devine pourquoi), et muet (pas la peine de parler, quelques applaudissements de temps en temps devraient suffire). Laissons-lui la vue, elle est mignonne.