King, cessez de rêver !

Publié le par Yves-André Samère

Ces jours-ci, les radios-télés se sont largement répandues sur le cinquantenaire du fameux discours de Martin Luther King I have a dream, prononcé à Times Square (New York) le mercredi 28 août 1963 à 15 heures. On en a donc entendu le début, toujours le même. Normal, les anniversaires, ça se souligne. Or il faut savoir que ce discours est interdit sur Internet ! Essayez donc de vous en procurer une copie filmée, et de tenter de la mettre sur YouTube : dans les deux heures, vous recevrez un message personnel vous avisant que vous avez violé le droit d’auteur, et que votre vidéo a été envoyée à la poubelle.

Explication : dès septembre de la même année, le pasteur, qui ne devait pas être tout à fait désintéressé sur le plan financier, a fait enregistrer son texte auprès du Register of Copyrights, en tant qu’« œuvre non publiée » (sic). On nous assure pieusement que c’est parce qu’il voulait en éviter l’exploitation commerciale, mais... il ne voulait pas en « éviter » les avantages à ses héritiers ! Lesquels se sont empressés d’en gérer les droits via l’Estate of Martin Luther King. Autrement dit, ils en sont les seuls propriétaires, et pas vous. Il faut dire que la justice des États-Unis considère que la diffusion médiatique d’un discours, « quelle que soit la portée de l’audience », EST une publication, quoique limitée, donc elle viole le droit d’auteur.

Par conséquent, ladite vidéo est quasiment inaccessible sur Internet. Le discours est géré jalousement par le King Center, et c’est la maison de disque EMI Publishing qui gère désormais les biens du pasteur, n’hésitant pas à faire retirer pusieurs fois le discours sur Youtube. Jusqu’à la chaîne de télé CBS, qui a été poursuivie, en 1999, pour avoir diffusé sans autorisation une grande partie du discours sacré.

Naturellement, il y a eu des réactions. Le 18 janvier dernier, le groupe Fight for the Future a tenté de diffuser la vidéo sur Vimeo, à l’occasion de l’Internet Freedom Day (le jour marquant l’anniversaire du blackout du web, décidé en 2012 pour protester contre des projets de loi sur le piratage). La vidéo fut aussitôt retirée pour « violation des conditions d’utilisation », puis republiée sur YouTube par le groupe, afin d’inciter les internautes à un « petit acte de désobéissance civile ». Même Julian Bond, leader de la lutte pour les droits civiques des Noirs, s’est étonné que la diffusion du discours soit aussi strictement contrôlée pour « protéger l’image » du pasteur King, qui se souciait de tout autre chose que de son image, et alors que le même discours a été employé à maintes reprises dans des publicités télévisées, par exemple pour Mercedes ou Alcatel.

Mais rassurez-vous, dès 2038, il tombera dans le domaine public, et vous pourrez en faire ce que vous voulez. En attendant, il s’est trouvé un mal élevé, un certain Maître Eolas (je ne sais pas qui c’est), pour mettre sur Twitter un commentaire qui lui vaudra certainement de finir en enfer : « Ce que le KKK n’a pu obtenir, que le message de Luther King ne soit pas entendu, le droit d’auteur le permet ».

Publié dans Absurdités

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :