Kirk Douglas, acteur

Publié le par Yves-André Samère

Cela ne saute peut-être pas aux yeux, mais il y a quelques points communs entre Olivia De Havilland, dont je vous ai parlé avant-hier, et Kirk Douglas, qui est mon acteur du jour. D’abord, si Olivia est la doyenne des actrices hollywoodiennes avec ses 99 ans fêtés en juin prochain (mais Maureen O’Hara, née en 1920 comme Michèle Morgan, la talonne de près), Kirk est le doyen des acteurs, puisqu’il a eu 98 ans le 9 décembre dernier. Il est né à Amsterdam – non pas la capitale des Pays-Bas, mais une ville de l’État de New York. Son véritable nom est Issur Danielovitch, et son père, qui avait pris le nom de Demsky à son arrivée aux États-Unis en 1912, était un chiffonnier juif. Physiquement, il n’est pas très grand, 1,75 mètre, ce qui lui imposa le port de talonnettes dans plusieurs films, mais il est le prototype de l’homme viril, en a beaucoup usé dans sa carrière, et s’est souvent bagarré dans sa jeunesse contre ceux qui n’aimaient pas les Juifs.

Autres points communs : Olivia et Kirk ont tous les deux reçu la Légion d’Honneur en France, parlent tous les deux le français (Kirk parle aussi l’allemand), ont tous les deux présidé le jury du festival de Cannes, ont chacun connu leur conjoint en France, et ont écrit au moins un livre, sans aide pour Douglas (Olivia, je ne sais pas). Cela valut à Douglas d’être invité en 1989 par Bernard Pivot dans son émission Apostrophes, pour son autobiographie Le fils du chiffonnier, livre qui eut deux suites – sans compter trois romans. Ce passage à la télé française fut assez farce, car il y côtoya Jacques Séguéla, qui contesta à Kirk Douglas sa qualité de « star ». Ce qui entraîna une longue discussion amorcée par la question de Kirk Douglas : « Mais qui êtes-vous pour décider de qui est star et qui ne l’est pas ? ». Émission très amusante, car le sujet entraîna une longue discussion... Mais Kirk a publié d’autres livres, le dernier, sorti en 2012, étant I am Spartacus, contenant des révélations sur le tournage du film réalisé par Stanley Kubrick, film qu’il avait produit et dont il était la vedette.

Avant de devenir vedette de cinéma, Kirk Douglas fit du théâtre, notamment avec Les trois sœurs de Tchékov, jouée 123 fois entre 1942 et 1943, et, en 1963, Vol au-dessus d’un nid de coucous. Mais ne comptez pas sur moi pour donner la liste de ses 92 films et téléfilms, dont beaucoup sont importants – il en a réalisé deux, qui n’ont eu aucun succès, et produit dix, dont deux, Les sentiers de la gloire, que je n’estime pas beaucoup (ce n’était pas un film historique, contrairement à ce qu’on croit généralement, mais adapté d’un roman de Humphrey Cobb, paru en 1935, et que j’ai lu), et Spartacus, les deux réalisés par Stanley Kubrick, qu’il a fortement contribué à lancer, dont il dit néanmoins que cet homme avait du talent mais était « un sale con », – ce dont je suis tout à fait persuadé, après le traitement qu’il fit plus tard subir à Malcolm McDowell dans Orange mécanique. Je préfère dire que l’un des films de Kirk que je préfère, et que sans doute vous n’avez jamais vu, est Le gouffre aux chimères (en anglais, Ace in the hole), sorti en 1951, son douzième, un drame réalisé par un auteur de comédie, Billy Wilder, où il incarnait une belle ordure, un journaliste qui, à partir d’un accident survenu dans une mine, fabriquait une grande cause nationale en vue de sauver l’ouvrier qui y était resté emmuré, lequel malheureux finissait par en mourir.

L’un de ses meilleurs amis, quoique ce fait soit parfois contesté, fut Burt Lancaster, dont je parlerai certainement un jour, et avec lequel il a interprété sept films. Mais je ne dirai rien de son fils Michael, qui, devenu vedette lui aussi, ne m’intéresse guère. Je fais aussi l’impasse sur les Oscars, qui n’ont pas plus de valeur à les yeux que les prix décernés au festival de Cannes.

Un mot de politique : le scénario de Spartacus, tourné en 1960, avait été écrit par Dalton Trumbo, grand scénariste qui avait été mis sur la liste noire du maccarthysme dix ans plus tôt parce que de gauche, et n’avait donc plus le droit de signer ses œuvres (oui, aux États-Unis, le « pays de la liberté », ces choses-là étaient possibles). Or Douglas, producteur et vedette du film, insista, malgré l’avis de John Wayne, acteur très à droite, pour faire mettre son nom au générique du film, et non le pseudonyme prévu, Sam Jackson. Cet acte de fermeté fut le commencement de la fin pour la sinistre liste noire, qui avait brisé tant de carrières. Et, en 1996, Spielberg rappela le fait, louant publiquement son courage. De Kirk Douglas, on pouvait dire pas mal de choses, mais il a toujours eu la réputation de défendre le métier.

Et pourquoi ne pas rigoler de ce petit trait, qui fait de lui un précurseur de George Clooney ? À la fin des années 1980, il a touché un cachet de 50 000 dollars pour une publicité à la télévision japonaise vantant une marque de café. Il n’y prononçait qu’un seul mot : “Coffee”.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
N’ayant pas vu l’émission, je viens de l’acheter sur le site de l’INA, et l’ai visionnée. Il a très peu été question de Sinatra, cité une seule fois au détour d’une phrase où il est associé à Yves
Montand.

Je vais tâcher de faire un montage du passage intéressant, et je le publierai. Mais le tout est assez conforme à ce que j’avais écrit – rires abondants en plus, car il n’y a eu aucune trace
d’hostilité.

Kirk Douglas a montré beaucoup d’esprit.
Répondre
B
Son fils: Michael Douglas, est pas mal non plus ;C'est lui qui contre vents et marées à produit Vol au-dessus d'un nid de coucou,quitte à tourner quelques gros nanars rentables pour avoir les sous
nécessaires pour sa production . Belle famille !
Répondre
B
Je me souviens très bien de cet Apostrophes,et j'ai un souvenir différend , dans mon souvenir c'est à Frank Sinatra,
que ce malheureux Séguéla contestait la qualité de Star, ce qui fit sortir de ses gonds un Kirk Douglas,ami très proche d'un Sinatra qui, à l' époque, était un démocrate pur et dur, très engagé
dans la défense des noirs(SammyDavis ).
Répondre