La délation, sport africain

Publié le par Yves-André Samère

Les gens naïfs comme Richard Bohringer, qui admirent inconditionnellement l’Afrique pour un certain nombre de vertus qu’on y pratique, comme le respect des vieillards, devraient bien s’aviser que la médaille a un revers, et que d’épouvantables coutumes y passent pour tout à fait normales. Comme l’excision qui, du fait qu’elle rend les victimes inaccessibles au plaisir sexuel, « empêche les femmes de tromper leur mari » (sic).

Mais il n’y a pas que l’excision. Ainsi, en Ouganda, un nouveau journal titré « Rolling Stone » (si-si !) a publié le 2 octobre une enquête qui lui a pris un an, paraît-il, et qui vise les homosexuels du pays. Ce journal, qui n’est pas le premier (il y avait eu naguère son confrère « Red Pepper », qui avait publié des listes d’homosexuels présumés), accuse les homos ougandais de vouloir « recruter au moins un million de membres d’ici 2012 », dont des étudiants, des collégiens et des enfants des écoles primaires. On ignorait que les gays recrutaient, et on espère qu’ils versent une bonne prime lors de l’inscription ! « Rolling Stone » annonce que cet article n’est que le premier, que trois autres listes doivent suivre, et qu’une centaine d’homosexuels, dénoncés par « d’anciens gays et lesbiennes » (resic), peuvent se préparer à cet outing. En l’occurrence, la publication de leur nom, de leur adresse, de leur profession et de leur photo. Ils risquent la prison à vie, selon la loi locale.

Il est juste de préciser que ce journal a été interdit, car il ne possédait pas toutes les autorisations, mais on avance qu’il devrait rapidement se conformer à la loi et pourrait ainsi reprendre très vite sa campagne de délation.

L’Ouganda n’est pas le seul pays où la morale publique est sujette à caution. Lorsque je séjournais en Côte d’Ivoire, la télévision avait diffusé une pièce de théâtre, dont j’ai oublié le titre et le nom de l’auteur, mais dont le thème était celui-ci : une lycéenne de seize ans se retrouve enceinte. Ses parents, désemparés, s’adressent à son oncle, qui est commissaire de police, afin de retrouver l’odieux responsable. Le commissaire, alors, fait passer au Journal Télévisé national une annonce bidon, disant que la jeune fille, qui est nommée dans l’annonce, avait le sida et qu’elle l’avait probablement refilé à tous ses partenaires, qui étaient priés de se faire connaître à son commissariat. Et c’est ainsi que l’odieux séducteur, effrayé par la perspective d’avoir été contaminé, se faisait pincer. Le public ivoirien (le vrai, celui qui regardait la télé ivoirienne) avait énormément applaudi l’ingéniosité de ce commissaire de police !

Tout cela pour dire qu’en Afrique, la délation n’est pas du tout considérée comme une pratique honteuse.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :