La voyante qui ne voyait rien

Publié le par Yves-André Samère

Mes quelques lecteurs se doutent bien que je possède un tempérament farceur, qui me pousse à tenter de ridiculiser les charlatans de tout poil. C’est ainsi qu’un jour où je n’avais rien de mieux à faire, je décidai d’exercer mes talents sur une voyante, Maud Kristen. Je n’ai aucun scrupule à donner son nom, car elle est très connue, pratique une activité publique, se trouve dans l’annuaire, fait de la publicité, a même fondé un syndicat, Delta Blanc, destiné à fustiger les charlatans de la voyance (dont elle n’est pas, bien sûr) – syndicat hélas disparu en France mais qu’elle a repassé à une consœur en Belgique.

La chère Maud n’a pas toujours été voyante, elle a commencé comme… journaliste au « Nouvel Observateur » et publicitaire (c’est fou comme j’apprécie l’association des deux, c’est un gage de sérieux), mais, voulant se faire connaître comme auteur, elle s’est lancée dans la profession de voyante sur le conseil d’une amie. C’est vrai, ça, n’importe qui peut devenir voyant. Or la chance lui a souri, elle est devenue célèbre, a publié un livre (Pour en finir avec madame Irma, que j’ai lu car j’aime bien savoir de quoi je parle, et qui fustigeait ces salauds de scientifiques ayant le culot d’émettre des doutes sur la validité de son art), et s’est beaucoup montrée à la télé – même sur Arte, en 2006 !

Un jour, donc, je résolus de me payer sa tête, et de prendre rendez-vous pour une consultation. Je vous signale que ce petit job vous fournit les moyens d’habiter dans les beaux quartiers, puisqu’elle réside près des Champs-Élysées, au 55 de l’avenue Marceau, et que son numéro de téléphone est le 01 47 20 33 61, au cas où vous désireriez vous amuser aussi. Mon projet ? Jouer les voyageurs sans bagages, comme dans la pièce de Jean Anouilh, et, me présentant devant elle, la supplier de me dire, à moi pauvre amnésique, non pas mon avenir, mais mon passé (pour moi, c’était plus facile à vérifier, vous imaginez bien).

Je téléphonai donc chez elle. Et elle répondit. Hélas, son téléphone était en dérangement : si je l’entendais parfaitement, elle, au contraire, ne m’entendait pas ! Je raccrochai, renouvelai mon appel, sans aucun succès, ce fichu bigophone s’obstinait à fonctionner à sens unique.

L’expérience me suffit pleinement, sans que j’aie à débourser le prix de la moindre consultation : à l’instar de cette devineresse qui criait « Qui est là ? » quand on frappait à sa porte, j’avais été en contact avec une voyante qui ne voyait pas que son téléphone était en panne !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

H
Si vous allez consulter un voyant en ayant l’intention de le piéger ou de le tester, encore pire « vous payer sa tête » ça va pas l’faire, la magie d’une consultation réussie n’advient pas
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Y
Je me soucie peu de conforter la magie d’une consultation réussie, puisque je recherchais au contraire à prouver le ridicule des fausses consultations.
P
Ho mdr
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Y
J’avais moi-même bien rigolé, dans ma cabine téléphonique (ça existait encore).