Le « peintre » Boronali

Publié le par Yves-André Samère

Puisque je viens de parler de charlatans (notule ci-dessous, donc écrite avant) et de l’attrait qu’ils ont sur les snobs, voici la plus belle histoire qui puisse illustrer le sujet. Elle concerne le « peintre » Boronali.

Les plus futés d’entre vous auront immédiatement remarqué que ce nom se prête fort bien à la contrepèterie, mais ce n’est pas le sujet. En fait, ce nom est une anagramme, celle d’Aliboron.

Aliboron est le nom qu’on donnait naguère aux ânes dans les histoires pour enfants, tout comme on désignait les chiens par Médor ou Rex. Puis on cessa de plaisanter sur ces animaux, lorsque le plus infortuné d’entre eux rencontra Brigitte Bardot.

Or l’écrivain Roland Dorgelès, pourtant peu connu en raison de son penchant pour la déconne (lisez Les croix de bois, roman sur la Première Guerre Mondiale !), connaissait comme tout le monde un certain Frédéric Gérard, patron du cabaret montmartrois « Le lapin agile ». Il se trouve que ce Grand Frédé, comme on l’appelait, possédait un âne, nommé Lolo. Avec deux amis, André Warnod et Jules Depaquit, Dorgelès monta un canular : il attacha à la queue de l’âne… un pinceau, et les trois compères placèrent l’âne ainsi décoré devant une toile vierge, l’encourageant à remuer la queue par divers moyens que je laisse à votre imagination. Il en résulta une toile passablement abstraite, que vous pouvez voir ICI, et que l’on exposa au salon des Indépendants de 1910, sous le titre Coucher de soleil sur l’Adriatique, l’auteur (invisible durant l’exposition) ayant été inscrit sous le nom de Jochim-Raphaël Boronali. Nul ne décela le canular, et le tableau se vendit vingt louis d’or, soit quatre cents francs de l’époque.

Il ne restait plus aux trois farceurs qu’à se payer la tête des gogos – assez nombreux, et certains, professionnels de l’art – qui étaient tombés dans le panneau. Ce fut fait, car ils avaient pris la précaution de faire réaliser l’œuvre picturale en présence d’un huissier, maître Brionne, et de prendre quelques photographies !

La toile n’a pas été détruite. Elle se trouve… dans un musée, l’Espace culturel Paul Bedu, à Milly-la-Forêt. J’ignore à combien elle est évaluée aujourd’hui. Très cher, sans doute, bien que le peintre soit identifié. Mais c’est le buzz (déjà !) qui en a fait la valeur !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y

Je ne savais pas, c’est assez instructif. Il faudra que j’aille voir cette tête au Louvre, et que je la photographie.


Répondre
D

Il a aussi installé une tête de femme au nez cassé de son ami le sculpteur Buron au Louvre avec l'étiquette "tête de divinité - Fouilles de Delos". La tête est restée des mois exposée ainsi.
Buron a été fêté à Montmartre comme le premier artiste vivant exposé au Louvre...


Répondre