Les phrases incompréhensibles

Publié le par Yves-André Samère

Comme je n’ai pas levé le nez de mes livres depuis l’âge de, soyons précis, cinq ans et deux mois, et que, passé l’apprentissage, mon entourage me fournissait en priorité de bons auteurs (les moins bons, je les ai connus ensuite), j’ai un peu l’habitude de la lecture.

Or j’ai souvent été frappé de cette bizarrerie : même les auteurs chevronnés, voire les classiques, ne semblent pas trop se soucier de la construction de leurs phrases. Fréquemment, ils parsèment leurs paragraphes d’éléments jetés au petit bonheur, dans n’importe quel ordre et sans souci du résultat. Il en résulte parfois des équivoques, voire des obscurités, qui font douter de leur maîtrise de la langue. Chaque jour ou presque, je déniche de ces scories, qui tantôt me font rire, et tantôt me mettent en rage, parce que, comme lecteur, j’attendrais qu’on se soucie un peu plus de mes faibles facultés de compréhension, car tout le monde n’est pas Champollion.

Illustrons, à partir d’un exemple pris dans un roman que je viens de terminer. Il s’agit d’un ouvrage assez médiocre, d’ailleurs adapté récemment au cinéma, et dont je ne donne pas le titre pour ne pas lui faire de publicité. Précisons qu’il s’agit d’un roman en langue anglaise, donc le responsable est peut-être le traducteur. J’ai ainsi trouvé ce passage en deux phrases, que, comme d’habitude, je cite sans rien y changer : « Les Indiens étaient plus disposés à accepter les excentricités, surtout venant de Britanniques. Ils avaient dû appprendre à supporter ceux-ci pendant longtemps ».

Relisez la seconde phrase. De toute évidence, deux sens sont possibles. Soit ce Ils désigne les Indiens, et l’on comprend donc que les Indiens ont dû supporter les Britanniques pendant longtemps ; soit le même Ils désigne les Britanniques, et l’on en conclut que ce sont les Britanniques qui ont dû supporter les Indiens pendant longtemps ! Je n’ai pas résolu cette énigme.

Rassurez-vous, elle ne m’empêche pas de dormir, mais elle aurait pu être évitée facilement. Or ce type de négligence m’a rappelé que Molière en personne est tombé dans ce travers. Reportez-vous à la fin de Tartuffe, la tirade de l’Exempt, envoyé par le roi pour tirer d’affaire la famille d’Orgon dépouillé par l’escroc. On y trouve une cascade de Il qui désignent, tantôt Tartuffe, tantôt... le roi en personne ! On en trouve onze, dont huit (ou neuf) peuvent être affectés au roi et trois (ou deux) à Tartuffe. Eh oui, pour l’un d’eux, on ne sait même pas ! Que dites-vous de ceci : « Oui, de tous vos papiers, dont il se dit le maître, / Il veut qu’entre vos mains je dépouille le traître » ?

Pour désigner le français, on dit souvent « la langue de Molière ». Oui, mais...

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Je suis d’accord avec cette interprétation, puisque « ceux-ci » est traditionnellement considéré comme devant s’appliquer au nom le plus proche.

Cela dit, ne pas oublier que je force souvent le trait, pour introduire un peu d’humour dans mes petits écrits. Il ne faut surtout pas se prendre trop au sérieux. Sinon, on suit les traces de
BHL !
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M
L'exemple que vous donnez est pourtant parfaitement compréhensible : Ils avaient dû appprendre à supporter ceux-ci pendant longtemps.
Ceux-ci désigne les dernières personnes dont on vient de parler. Pas "Ils" évidemment sinon il auraient dû se supporter eux-mêmes. Et les derniers dont on vient de parler dans la phrase précédente
sont les Britanniques. "Ils", ce sont dont les Indiens. C.Q.F.D!
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Y
Sauf chez les grands éditeurs, qui ont de quoi les payer, les correcteurs (humains) disparaissent peu à peu. C’est un directeur de collection qui me l’a dit.

Le désastre est donc inévitable.
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D
Pour l'instant je suis ravie de lire un livre SANS FAUTES D'ORTHOGRAPHE. Un bonheur de fluidité, car on ne se heurte pas à un participe passé mal accordé, à un "cœur" au lieu de "chœur" (si si,
j'ai des exemples) etc.
Il a été édité il y a 30 ans. Avant les correcteurs informatiques, je suppose.
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