Pierre, premier pape ? Sottise !

Publié le par Yves-André Samère

Cette semaine, à peine ouvert « Le Canard enchaîné », je tombe pile sur ce qui me permet de décerner à ce journal sa propre Noix d’Honneur : un article d’André Rollin, critique littéraire, en page 6, intitulé Saga papale, et dont la première phrase est la suivante : « Neuf cent soixante-six papes depuis saint Pierre, et quelle histoire ! ». Il s’agit de commenter le livre Habemus papam, de David Alliot, vous l’aviez deviné bien sûr.

Il faut croire que Rollin connaît mal l’histoire du catholicisme, ou que David Alliot a omis de préciser que ledit saint Pierre n’a JAMAIS été pape ! La Bible le désigne dans un seul évangile, celui de Jean, chapitre 1, verset 42, sous le nom grec de Kephas (en français, Céphas). Le reste du temps, on dit plutôt « Pierre », qui est la traduction de kephas, Jésus ayant, selon la légende non prouvée, eu envie de faire un jeu de mots afin de pouvoir dire que, sur cette pierre, il bâtirait son Église (cette blague, digne de Régis Mailhot, est inscrite en lettres de deux mètres de haut tout autour et à l’intérieur de la coupole de la basilique Saint-Pierre, à Rome). Le même nom Kephas revient aussi cinq fois dans les Épitres : quatre fois dans la première aux Corinthiens, et une fois dans celle aux Galates. Outre cela, il est aussi appelé Simon.

Ce Simon-Pierre, je l’ai récemment mentionné, est surtout connu pour deux détails. D’une part, il s’est comporté comme un lâche en reniant Jésus trois fois de suite le matin de son procès ; d’autre part, profondément réac, il prétendait refuser d’intégrer les gentils, c’est-à-dire les non juifs, au sein de la nouvelle religion, ce pour quoi il s’est violemment opposé à Paul, qui, citoyen romain (du moins il le prétendait), avait une conception plus universaliste en matière d’intégration et entendait admettre tout le monde. Comme chacun sait, Paul a gagné cette bataille.

Ce caractère porté vers le repli sur soi-même a fait que Simon-Pierre a très peu voyagé en dehors de la Palestine, et qu’ainsi, il n’aurait mis les pieds à Rome qu’une seule fois, et pour une journée, pas davantage. Reconnaissez que, pour être reconnu pape a posteriori, c’est un peu mince, puisque le pape est, par définition, l’évêque de Rome ! On raconte également, mais cela relève encore de la légende, que le jour de sa visite à Rome tombait au moment, en 67, où Néron, ayant mis l’incendie de Rome sur le dos des chrétiens locaux – hypothèse qui n’est pas complètement impossible –, décida de les martyriser en masse, et que Pierre, ayant d’abord fui, se ravisa une fois sorti de Rome, y revint, fut appréhendé, et supplia que, puisqu’on devait le crucifier, on le place sur la croix la tête en bas ! C’est évidemment une pieuse invention qui relève du folklore visant à faire chialer le bon peuple. Le supplice aurait eu lieu dans le cirque du Vatican, raison pour laquelle la future basilique fut construite à cet endroit, mais la preuve manque.

En tout cas, on peut considérer que le véritable premier pape fut l’un des frères de Jésus, Jacques le Juste, qui fut évêque, non pas de Rome, mais de Jérusalem, ce qui semble plus logique. Mais comme l’Église catholique s’obstine à nier que Jésus a eu des frères, on a mis ce pape un peu entre parenthèses. Un peu comme si Louis XIV avait eu un frère jumeau et qu’on l’ait transformé en Masque de Fer ! Tout ça est aussi faux que ridicule, mais du moment que les foules y croient...

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