Réhabilitons Sorj Chalandon

Publié le par Yves-André Samère

Asseyez-vous. Oui, je ne voudrais pas que vous tombiez par terre de tout votre long. En effet, je vais écrire du bien de quelqu’un. Et d’un invidivu que j’ai un peu raillé deux ou trois fois (il est d’ailleurs tombé sur un de mes articles et m’a répondu sur le mode rigolard, ce qui constitue déjà un bon point). Il s’agit de Sorj Chalandon, romancier, ancien grand reporter dans des pays en guerre comme le Liban, et qui fait actuellement la critique du cinéma et de la télévision au « Canard enchaîné », ce qui doit figurer une sorte de pré-retraite. Or j’estime que son style tarabiscoté voire carrément ampoulé ne convient guère aux sujets qu’il traite. Quand par exemple il écrit, le 5 juin de cette année, que « l’internaute croit bêtement regarder son écran alors que c’est son écran qui le regarde », c’est de la critique intello n’ayant aucun rapport avec quoi que ce soit, sinon avec 1984, et l’on devine le type qui rame afin de paraître intelligent. Il l’est sans doute, mais c’est plus élégant de ne pas chercher à le montrer par ce genre d’artifice.

Mais qu’a donc fait Chalandon pour que je dise sur lui deux ou trois mots aimables – pas davantage ? Il a, dans le dernier numéro du « Canard » et en page 8, sous le titre pas idiot Il y a des guillemets qui se perdent, signé un article qui certainement a intéressé peu de lecteurs, mais moi si. Il y est question de la transcription française des mots arabes, plus précisément du nom de ce groupe terroriste somalien qui a fait des siennes à Nairobi, et qui se nomme lui-même « Al-Chabab » – dans la transcription française pas tout à fait irréprochable. Or les journaux occidentaux, qui ont peu d’arabisants dans leurs effectifs, ont désigné ces tueurs ainsi : « les Chabab ». Ils se sont montrés incapables de faire le distinction entre Chabab et Al-Chabab (tout comme ce milliardaire londonien, propriétaire du Ritz et du magasin Harrod’s, le père du fameux Dodi, prétendu amant de Diana Spencer, se fait appeler « Al-Fayed », s’attribuant ainsi l’équivalent d’une particule nobiliaire, alors que son nom est Fayed tout court). J’ajoute que le respect de la règle sur les consonnes lunaires et solaires devrait obliger à dire Ach-Chabab (il existe, à la banque marocaine Attijariwafa Bank, un crédit immobilier qui s’appelle Miftah Ach’Chabab, ce qui signifie « clé pour la jeunesse »). Et il a existé en Syrie un Mouvement socialiste arabe, connu à l’origine sous le nom de « Parti de la jeunesse », dont le nom arabe était Hizb Ach-Chabab, mais qui n’existe plus depuis 1963.

Je regrette simplement que Chalandon, qui de toute évidence est familier avec la langue arabe, n’ait pas songé à corriger aussi cette faute, et qu’il croie devoir renforcer son raisonnement en mettant des majuscules là où ça l’arrange – et, honte à moi, je viens de faire la même chose ! Or, en arabe, si les lettres peuvent s’écrire de quatre façons différentes selon leur place dans le mot, il n’existe en revanche aucune majuscule. On en rajoute dans les traductions, à l’usage des lecteurs non-arabisants, mais c’est tout.

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