Suzy Delair, actrice

Publié le par Yves-André Samère

Tout comme Olivia De Havilland et Michèle Morgan dont j’ai parlé précédemment (voir la section Acteurs), Suzy Delair vit toujours : elle a eu 98 ans le dernier jour de 2014 – sa date de naissance sur Wikipedia, qui la rajeunit d’un an, est fausse –, et elle s’appelait alors Suzanne Pierrette Delaire. Mais elle ne s’est pas contentée d’être actrice au music-hall, au théâtre et au cinéma (trente-quatre films, dont Atoll K, le dernier tourné sur la Côte d’Azur avec... Laurel et Hardy, et je ne plaisante pas, car les deux grands comiques y font pitié), c’est surtout une excellente chanteuse. Bien sûr, tout le monde connaît Avec son tra-la-la, qui sert de leit-motiv dans le film de Clouzot Quai des Orfèvres, et dont la musique est de Francis Lopez (!), mais c’est loin d’être ce qu’elle a fait de mieux. Allons, détaillons un peu.

Elle a donc débuté au music-hall et au cabaret, en 1930, alors que ces spectacles étaient beaucoup plus en faveur qu’aujourd’hui. Mais, assez vite, on l’engage au cinéma, où elle joue notamment, en 1932, dans l’adaptation de l’illustrissime pièce de Feydeau, La dame de chez Maxim – et pas « de chez Maxim’s », comme on l’écrit souvent de manière absurde quand on ignore l’anglais –, sous la direction du grand Alexander Korda, oui, celui qui avait réalisé un an plus tôt le Marius de Pagnol ; mais elle y avait un rôle minuscule, pas celui de la Môme Crevette, qui lui aurait si bien convenu ! Et lorsque Korda, un an plus tard, en fit un remake en anglais, elle n’en était pas. Elle fit ensuite trois films avec Danielle Darrieux et Albert Préjean, avant d’être lancée en 1942 avec L’assassin habite au 21, avec Pierre Fresnay, que réalisa Henri-Georges Clouzot, qui du coup devint son amant et le resta jusqu’en 1947, date de leur séparation après Quai des Orfèvres, où elle triomphe. Mais elle a joué une autre adaptation de Feydeau, Un fil à la patte, en 1955 ; et, plus tard, dans Gervaise, de René Clément ; Les régates de San Francisco, un des derniers bons films de Claude Autant-Lara avant qu’il bascule dans l’extrême droite ; dans Rocco et ses frères, de Luchino Visconti ; dans Du mouron pour les petits oiseaux, de Marcel Carné ; dans Paris brûle-t-il ?, encore de René Clément ; et, hélas, dans Les aventures de Rabbi Jacob, grotesque navet de Gérard Oury, qui misait tout sur Louis de Funès et faisait tache après ces grands réalisateurs.

Il faut dire qu’à partir de 1950 environ, elle mena de front une quadruple carrière : cinéma, tour de chant, opérette, feuilletons télévisés. Jamais elle ne fut considérée comme une immense vedette, ce que sa voix ravissante aurait dû lui assurer si elle n’avait fait que cela. Pour tout dire, et contrairement à ce qu’on prétend souvent, elle était meilleure chanteuse et bien meilleure actrice qu’Yvonne Printemps, et je vous ferai juges un jour ou l’autre en mettant en ligne leurs interprétations successives de la même chanson, extraite de cette merveille qu’était Les trois valses – musique d’Oscar Straus (et non, il n’y a pas de faute d’orthographe à Straus, ce nom s’écrit bien avec un seul S).

Les grincheux pourraient ajouter que, sous l’Occupation, elle sembla montrer de la sympathie pour les Allemands, sous prétexte qu’elle s’était produite en Allemagne à cette époque, mais, après tout, elle fut loin d’être la seule ! Des tas d’artistes ont été traînés dans la boue pour une raison similaire, Sacha Guitry, Charles Trenet, Danielle Darrieux, Arletty, etc. Mais tout le monde ne pouvait pas être Jean Gabin ! En tout cas, on l’a décorée de la Légion d’Honneur en 2006...

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
J'ai revu "Quai des Orfèvres" récemment, elle était délicieuse. La chanson était bien dans le genre de l'époque.
En ce qui concerne l'Allemagne, j'ai une encyclopédie Quillet datant des années 30, où, sur les planches des drapeaux des nations, on voit le drapeau allemand avec la fameuse svastika. Encore innocente, comme les autres drapeaux... Toutes ces célébrités qui s'y sont produites n'avaient pas de boule de cristal.
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Y
Il existe une liste de 94 personnalités, plus ou moins soupçonnées de n’avoir pas été très farouches envers Hitler ou Staline. Liste passablement fantaisiste, du reste. Et Suzy Delair n’y figure pas ! Cette liste est ici :

http://www.fonjallaz.net/MLH/collabo/roparz-2.html

Pierre Fresnay s’y trouve, mais pas Yvonne Printemps. Or, tous les deux ont sabré le champagne à Vichy, à la santé de Pétain...