Ne mélangeons pas les métiers !

Publié le par Yves-André Samère

J’ai raconté l’autre jour que le monde du cinéma était fortement militarisé, cloisonné comme au beau temps de l’Union soviétique, et, en attendant mieux, voici deux exemples qui vous sembleront absurdes.

Il ne faut pas confondre un habilleur et un costumier ! Le costumier conçoit et fait fabriquer les costumes d’un film. Il est souvent considéré comme un grand artiste, et, à Hollywood, Edith Head, qui travaillait pour la Paramount, était plus célèbre que les vedettes qu’elle habillait. Mais le rôle du costumier s’achevait lorsque les costumes étaient terminés. L’habilleur, lui, ne quitte jamais le lieu des tournages. Il est chargé de stocker les costumes, d’en prendre soin, de les nettoyer, de les salir ou d’y faire des accrocs si le scénario l’exige, et, bien entendu, d’aider les acteurs à s’habiller, car il n’est pas toujours facile d’enfiler, voire de porter un habit d’une autre époque. Et certaines grandes vedettes avaient leur propre habilleur, qui était souvent une habilleuse et les suivait partout.

De même, il ne faut surtout pas confondre un décorateur et un accessoiriste, et c’est encore plus drôle. Le décorateur conçoit et fait fabriquer (j’ai l’impression de me répéter) tout ce qui, sur le plateau de tournage, ne sera pas déplacé, ne bougera pas : murs, tableaux, meubles, etc. En revanche, si un objet peut être déplacé ou manipulé par un acteur, et on dit alors que cet objet JOUE – mais oui –, le décorateur n’a pas le droit de s’en occuper, car c’est la raison d’être de l’accessoiriste. Prenons un exemple : le plateau représente un salon luxueux où l’on va faire de la musique. Dans le décor, il y a un piano à queue, et sur le piano est posé un violon. Un musicien entre et saisit le violon pour en jouer, sans toucher au piano. Eh bien, le piano a été installé par le décorateur, mais le violon a été apporté par l’accessoiriste, et gare à celui des deux qui empiètera sur le domaine réservé de l’autre ! Il aura des ennuis avec le syndicat.

J’ai un peu effleuré ce sujet dans cet article, le mois dernier. Et puis, il y a trois jours, j’ai râlé (pourtant, c’est rare que je râle) contre les génériques de fin des films actuels. Eh bien, récemment, est sorti en DVD un film iranien, d’ailleurs excellent, Taxi (en français, Taxi Téhéran, et tant pis pour la syntaxe), qui n’a pas de générique de fin ! L’explication est dans cette critique que j’ai rédigée au moment de sa sortie en avril de cette année.

Publié dans Curiosités, Cinéma

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Alex 17/12/2015 16:53

Mais le rôle de l’habilleur s’achevait lorsque les costumes étaient terminés. ? Du costumier non ?

Yves-André Samère 17/12/2015 22:49

Exact. Merci. J’ai corrigé.