Éloge de Sodexo

Publié le par Yves-André Samère

Dans la maison de convalescence qui m’héberge et où je resterai encore, sans doute, deux semaines (il me reste douze piqûres à faire, cinq séances de rééducation respiratoire et trois prises de sang), le point noir est représenté par les repas. Déjeuners et dîners sont livrés chaque jour par le camion de Sodexo, et si vous désirez expier vos péchés, je vous conseille de ne plus manger que les repas de Sodexo.

Cette firme est la plus grosse entreprise de repas pour collectivités, et comme elle approvisionne aussi les cantines scolaires, cela vous explique pourquoi vos gosses se précipitent chez McDo à la première occasion : ils doivent penser que ce n’est pas vraiment tomber de Charybde en Scylla, bien au contraire.

J’imagine que, chez Sodexo, les repas commandés sont composés par un ordinateur, mais un peu moins doué que le programme de Google qui a battu trois fois un champion du jeu de Go. À mon avis, il puise dans une base de données où sont recensés tous les plats susceptibles de ne PAS envoyer dans l’autre monde ceux qui les mangeront, et que ce critère lui suffit. Partant de là, il choisit au hasard sept ou huit composants, et en juxtapose trois dans l’assiette principale, sans se soucier, puisqu’il n’est pas programmé pour ça, du goût qu’offrira cette cohabitation. À quoi il ajoute un yaourt et un ou deux fromages, généralement une tranche d’emmenthal sous plastique.

Histoire de vous faire envie, et à titre documentaire, voici mon dernier menu :

- potage d’asperges (il y a tous les soirs du potage) ;

- omelette piperade (le qualificatif change tous les jours, mais c’est sempiternellement la MÊME omelette, à la poudre d’œufs ) ;

- courgettes sautées aux herbes (75 grammes) ;

- semoule (75 grammes, non assaisonnée, parfaitement sèche, comme sortie du paquet) ;

- yaourt nature ;

- kiwi ;

- pain ;

- emmenthal.

Je signale aux gastronomes que l’omelette, les courgettes et la semoule ont été mises dans la même assiette, et que tous les dîneurs ont estimé cela parfaitement immangeable. Hier, la semoule a été accompagnée par trois moitiés de tomates qu’on avait fait cuire, et qui n’avaient que le goût de l’eau dont elles ruisselaient.

Et puis, autre interprétation typique de Sodexo : j’avais dit à la diététicienne que je ne mangeais pas de viande. Elle a donc écrit sur sa fiche « Végétarien ». Et pour Sodexo, un végétarien, ça signifie « individu qui mange du poisson ». De sorte que, six fois de suite, j’ai trouvé dans ma ration un morceau de colin. Fade et non assaisonné, comme de juste. J’ai fini par râler, et on a... supprimé le poisson sans le remplacer par rien.

En sortant, je revends mes actions de Sodexo, et je me précipite dans le Flunch le plus proche, à côté du Pompidolium. J’aurai l’impression de dîner à la Tour d’Argent.

Publié dans Curiosités, Santé, Mœurs

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Stéphane 15/03/2016 19:15

Tous ces repas sont composés uniquement pour éviter les problèmes, TIAC et autres réjouissances. Diététiciens, experts, Monsieur BlaBla en blouse blanche, directrice de l'établissement, sous chef de l'intendance... tous ces gens savent... mais aucun ne sait vraiment cuisiner.
D'autre part, pour avoir été chef de collectivité (enfants uniquement), les désidératas des "moi je le fais à la maison" sont tout à fait improbables et irréalisables quand il s'agit de servir entre 150 et 300 repas à chaque service.
Pour des raisons de HACCP on sert des omelettes en poudre voire surgelées, les procédures sont à respecter à la lettre sinon graves sanctions, on psychote sur les températures, la traçabilité, les étiquettes à conserver "au cas où"... et il ne reste plus de temps pour cuisiner vraiment mais à part les convives qui le voudrait vraiment dans les bureaux de la direction ??
Tout est aseptisé, non assaisonné, le produit n'est pas respecté et les cuisiniers sont appelés "cuisinants", nuance ultime qui permet de passer d'un bon chef à un simple exécutant de procédures pondues par des "je n'y connais rien mais je la ramène quand même".
Quant à moi... j'ai changé de métier... mais je me régale tous les jours !
Bon courage !

Yves-André Samère 17/03/2016 17:49

J’ai une certaine tendance à ne pas tenir compte de ce genre de faux problèmes, qui se ramènent invariablement à des questions de gros sous. Pour ce qui est de la nocivité des bactéries, et de la tendance à jouer aux États-Uniens, ma religion est faite depuis longtemps : au diable les manies, comme disait le cuisinier dans « La règle du jeu » !

Stéphane 17/03/2016 15:01

Précision quand je disais "éviter les problèmes" j'avais dans l'esprit "éviter les problèmes qui concernent les décideurs" et non pas les problèmes alimentaires.
Les décideurs savent éluder en pondant des normes drastiques qui leur éviteront le tribunal "au cas où". Pour le reste je suis parfaitement d'accord avec vous. Vouloir éliminer TOUTES les bactéries relève de la pure bêtise... mais c'est pourtant ce vers quoi on tend.
D'autant plus qu'il est de notoriété scientifique et publique que justement le corps humain DOIT résister à ces bactéries pour être plus fort face à l'"invasion". Néanmoins on continue à faire le contraire juste pour que les "puissants" passent à côté des problèmes.

Yves-André Samère 15/03/2016 19:34

Je savais tout cela, mais enfin, « éviter les problèmes » ! On en crée d’autres, non ? En fait, c’est l’éternel, envahissant et finalement nuisible principe de précaution qui met son nez partout. Un simple exemple : j’ai demandé pourquoi les omelettes n’étaient pas faites avec des œufs, mais avec de la poudre d’œuf. On m’a répondu que les œufs risquaient de contenir des bactéries. Cette ineptie montre l’ignorance crasse des fabricants de nourriture industrielle, puisque nous avons des milliards de bactéries dans notre tube digestif, que la plupart sont utiles et même indispensables, et que s’acharner à éliminer toutes les bactéries est digne de la bêtise états-unienne. Personnellement, je préfèrerais avaler quelques bactéries plutôt qu’une omelette à la poudre d’œuf !

Autre bêtise : prétextant que je serais « dénutri » (horrible mot), on me bourre de compléments alimentaires – sic – destinés à combler une carence en protéines. Lorsque j’ai demandé COMMENT on savait que j’avais une telle carence, on m’a opposé une analyse de sang qui datait de... onze jours, la seule qu’on m’a faite ! C’est sûr que, sur un tel laps de temps, la composition de mon sang est resté aussi stable que la Tour Eiffel.

DOMINIQUE 15/03/2016 07:51

On fait tellement de misères hygiénistes pour implanter une cantine, que beaucoup d'établissements reculent devant l'investissement, en personnel et en temps. Alors, on oublie le principal : l'hygiène alimentaire, la vraie, celle qui permet aux malades de se requinquer... vous comprenez, une vraie courgette, celle qui vient du champ d'à côté est louche. Elle n'est pas passée par une chambre froide, des bains de désinfectant, alors dieu sait ce qu'elle trimballe ? Et ne parlons pas de la laitue.

Yves-André Samère 15/03/2016 09:30

J’ai demandé pourquoi les omelettes (il y en a à TOUS les repas) semblaient si bizarres. On m’a répondu qu’elles étaient faites avec de la poudre d’œufs, parce que les vrais œufs couraient le risque de contenir des bactéries. Pitié ! Donnez-nous des bactéries, plutôt que ces mixtures ignobles.