Fahradi et l’apprenti sorcier

Publié le par Yves-André Samère

Journée satisfaisante, aujourd’hui. D’abord, j’ai assisté à la première séance de Everybody knows (titre original, Todos lo saben, ce qui signifie la même chose en espagnol, puisque le film a été entièrement réalisé en Espagne et avec des acteurs espagnols). C’est le dernier film d’Asghar Fahradi, mon réalisateur préféré (avec quelques autres). Certes, ce n’est pas son meilleur, mais j’ai compensé en achetant le DVD de son précédent film, Le client, sorti en France il y a un an et demi. Puis j’ai acheté l’autobiographie d’Hedy Lamarr, dont je vous ai parlé naguère, et qui ne s’est pas contentée d’être actrice et l’une des plus belles femmes du monde. Enfin, j’ai trouvé un film que je cherchais depuis des années. Et son histoire est pittoresque, d’aillleurs, la voici.

Tout le monde connaît la série télévisée Alfred Hitchcock présente, qui a été diffusée aux États-Unis de 1955 à 1962, et a compté 268 épisodes. Le dernier, qui s’intitulait Where beauty lies, est passé sur la chaîne NBC le 26 juin 1962. Mais, rectification, ce n’était pas le dernier, puisque le vrai dernier, The sorcerer’s apprentice, n’a jamais été diffusé : la chaîne qui l’avait commandé l’a estimé trop horrible, et l’a rangé dans un placard pour l’oublier. Je précise que cet épisode n’a pas été réalisé par Hitchcock lui-même (il n’en a dirigé que dix-sept), mais par Joseph Lejtes, un réalisateur polonais qui a fait le début de sa carrière en Israël, et ne s’est installé aux États-Unis qu’en 1952. Quant à l’auteur de l’histoire à la base du film censuré, c’était Robert Bloch, très connu pour avoir écrit le roman policier Psycho, que j’ai lu, et dont Hitchcock a tiré son célèbre film, avec un très joli meurtre sous la douche.

En fait, totalement invisible à la télévision, et jamais transcrit sur un support informatisé, The sorcerer’s apprentice vient seulement d’être inclus dans un coffret de six DVDs, l’image est excellente, et les sous-titres français sont irréprochables. Beau travail, et je vais pouvoir abandonner la tâche que j’avais entreprise, traduire lesdits sous-titres de la seule version connue, présente en mauvaise qualité sur Youtube. Bref, si vous ignorez YouTube, et c’est un tort, vous n’avez jamais vu ce film de 24 minutes.

L’histoire : Hugo, un jeune garçon légèrement débile, s’est échappé du foyer où il était hébergé, et, mourant de faim, il échoue dans un cirque ambulant, où un prestidigitateur, Santini, le prend en amitié et l’engage pour de petits travaux. Hélas, Santini a une femme, Irene, qui le trompe avec un funambule, et qui pousse le très crédule Hugo à se débarrasser du mari devenu encombrant. Hugo poignarde Santini, mais, croyant être devenu magicien parce qu’il s’est emparé de la baguette magique du prestidigitateur, se croit capable de refaire le numéro de la femme coupée en deux qui assurait le succès de son patron. Et – vous avez deviné –, c’est Irene qu’il va réellement couper en deux en répétant son futur numéro !

Irene est jouée par Diana Dors, qui a été une actrice connue pour sa plastique de bimbo, et Hugo est interprété par Brandon De Wilde, très bon acteur qui avait débuté à onze ans, en 1953, dans Shane, western ultra-célèbre (en français, L’homme des vallées perdues). Il avait vingt ans au moment du tournage de l’épisode d’Hitchcock. Hélas, il est mort dix ans plus tard, d’un accident de voiture. Il n’avait pas mis sa ceinture de sécurité !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

M
Pourquoi traduire en anglais le titre espagnol d'un film qui sort en France ?
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Y
Je me suis posé la question. Apparemment, c’est pour des raisons d’exploitation, puisque, dans les milieux du cinéma, on considère la langue française comme quasiment négligeable, et l’espagnol comme juste bon pour le public des corridas. On va même beaucoup plus loin, car, très souvent, on garde la langue anglaise mais on modifie le titre avec des mots plus simples, considérant que ces crétins de Français ne connaissent qu’une dizaine de termes anglais (trip, cop, bad, good, town, killer, war, city, life, love) et ne pigent rien aux éventuels jeux de mots en anglais. C’est ainsi que « The hangover » devient « Very bad trip », et que « The boat that rocked » devient « Good morning England ». Chaque fois que cela s’est produit, j’ai pointé des exemples de ce manège ridicule.