Amour cadenassé

Publié le par Yves-André Samère

Mon titre d’aujourd’hui est certes un peu neuneu, et c’est par pure démagogie que je l’ai choisi : il faut bien courir après les lecteurs...

Donc, depuis 2008 si nous sommes bien renseignés, le Pont-des-Arts, qui traverse la Seine à Paris entre le Louvre et l’Institut, est le théâtre d’un phénomène curieux et sympathique. Comme il est équipé de garde-fous grillagés, les amoureux qui passent par là ont pris l’habitude d’accrocher à ces grillages des cadenas sur lesquels ils ont écrit leurs prénoms. Et, la chose faite, ils jettent la clé dans la Seine. En quelques années, ces décorations inattendues, qui se comptent à présent en dizaines de milliers, ont entièrement recouvert les grilles. Si bien que quelques grincheux se sont émus, et ont prétendu que le poids de ces accessoires faisait courir un danger au pont. Craignent-ils qu’à l’instar de la défunte piscine Deligny, il en vienne à couler par le fond ?

Bref, saisies par ces plaintes, la mairie de Paris s’est émue, et, prenant prétexte que, dimanche 8 juin, deux panneaux composant la rambarde se seraient écroulés, elle a fait enlever les cadenas. C’est du moins ce que nous a raconté France Inter, ce matin, au journal de sept heures et demie, car il importait de commencer par cette nouvelle capitale la journée de ce vendredi 13 sur le journal radiophonique le plus écouté de France.

Moi, vous me connaissez ? Je me suis empressé d’aller sur place afin de vérifier que notre chère radio ne tombait pas son travers habituel, raconter des bobards non vérifiés, et glanés sur Internet par des journalistes cossards. Voici donc, avec l’illustration qui s’imposait, le résultat de mon enquête.

Le Pont-des-Arts, long de cent cinquante mètres, est bordé sur les deux côtés par cinquante-six panneaux et demi (ben oui, du côté de l’Institut, les derniers panneaux sont deux fois plus courts), mesurant 2,65 mètres de large chacun. Donc au total, on dénombre cent treize panneaux grillagés, tous riches en cadenas – vendus sur place par d’habiles commerçants, qui n’ont pas perdu le nord –, au point que lesdits panneaux en sont devenus opaques. Et sur ces cent treize panneaux, les employés de l’Hôtel de Ville, armés d’un coupe-boulons, en ont nettoyé... DEUX ! Lesquels, immédiatement après cette opération d’utilité publique, ont été regarnis de centaines de nouveaux cadenas par d’autres amoureux odieusement récidivistes, de toute évidence animés des pires intentions ponticides.

Je souhaite bon courage aux édiles de la Ville de Paris, ainsi qu’aux employés qu’elle enverra sur place afin de nettoyer un à un les cent onze panneaux qui restent. Avant qu’ils aient achevé, la chère Anne Hidalgo, qui a ainsi réactualisé le mythe de Sisyphe, aura terminé son mandat. Sous les vivats, sans doute.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Yves-André Samère 16/06/2014 17:28

Abruti ? De là je conclus que l’amour, comme la foi religieuse, est une maladie mentale.

Julien 16/06/2014 14:15

"Bien sûr, à la base, il y a un peu de cet instinct grégaire qui te pousse à faire ce que font les autres."
Quel doux euphémisme !!! Je suis certain que ma dulcinée future (hypothétique, surtout) sera touchée que je colle comme n'importe quel abruti un cadenas sur la rambarde d'un pont... Et si elle
l'est, ce sera motif de rupture.

Yves-André Samère 14/06/2014 14:29

La mairie de Paris fait comme toutes les mairies : de la communication. J’ai en vue un autre exemple, tout aussi flagrant, que je vais publier.

Yves-André Samère 14/06/2014 14:05

C’est trop récent pour être une tradition.

Moi, je trouve cela joli, poétique, naïf, touchant. Bien sûr, à la base, il y a un peu de cet instinct grégaire qui te pousse à faire ce que font les autres. Mais il y a pis. L’hystérie
footballistique, par exemple, laquelle fait davantage de dégâts.

Perrine 14/06/2014 11:01

J'aime bien ce pont des arts, moi, que j'ai longtemps appelé "le pont des amoureux", en bonne provinciale qui ne connaissait que très partiellement Paris avant de venir vivre dans la région en
2010. Bref, effectivement, faut-il vraiment que la mairie de Paris n'ait rien d'autre à faire... Puis de toute façon comme chaque panneau nettoyé sera automatiquement regarni, ils n'ont pas fini de
courir stupidement ! Enfin, comme dit une de mes collègues de boulot, lorsque nous sommes confrontés aux injonctions sans cesse changeantes de notre administration : "faire et défaire c'est
toujours travailler"...

julien 13/06/2014 19:24

Je dois être aigri, mais je trouve cette habitude/coutume/tradition idiote.

Yves-André Samère 13/06/2014 17:56

Je transmets à la chère Anne, qui n’avait rien vu venir. Cette suggestion va bien renflouer les finances de la ville de Paris.

Yves-André Samère 13/06/2014 17:54

Erreur évidente de ma part, que j’ai corrigée, et merci. C’était bien le Pont-des-Arts !

Kotec 13/06/2014 16:21

Une idée pour la mairie de Paris : louer des emplacements sur les grilles à un tarif modeste et pour un an. Au bout d'un an, on coupe et on mets à la ferraille, ou bien il suffit de crocheter les
cadenas et hop, revendus ! Il faut imposer un monopole de la vente de cadenas dans les échoppes de la ville, bien sûr. Des emplois réservés pour les copains seront créés.

Thb 13/06/2014 14:38

J'ai un très gros doute: est-ce bien le Pont-Neuf et non le Pont des Arts?