Arturo Brachetti à Paris

Publié le par Yves-André Samère

Arturo Brachetti, qui a 56 ans mais ne les paraît pas, je l’avais repéré en 1999, dans son tout premier film, Clémentine tango, qui remontait à... 1983. Tous les acteurs m’étaient inconnus, sauf Michel Renault, qui venait de l’Opéra de Paris. Le film était français, Arturo avait 26 ans lors du tournage, il était loin d’être célèbre et ne s’était pas encore lancé officiellement (il pratiquait depuis l’âge de quinze ans, néanmoins) dans ce qui allait devenir sa vocation : le transformisme, hérité de Fregoli. Il avait les cheveux longs et pas encore cette curieuse coiffure qu’il arbore depuis le début de sa gloire, cette coupe de cheveux ressemblant à un casque à pointe... sans casque. Le film reposait sur un prétexte, une série de visites dans les cabarets parisiens : un jeune homme, qui n’était pas lui, recherchait la maîtresse de son père récemment décédé, sachant seulement qu’elle travaillait dans ce milieu, et finissait par tout abandonner de sa vie précédente tant le monde du spectacle finissait par le fasciner. Mais enfin, déjà, on ne voyait que Brachetti, qui n’avait pourtant qu’un rôle comme un autre dans cette mince histoire (ne cherchez pas le film, il n’a été édité qu’en cassette VHS, vous ne le trouverez nulle part).

J’ai vu les quatre grands spectacles qu’il a joués à Paris : les deux premiers au Théâtre Mogador, le troisième aux Folies-Bergère, et le dernier, hier, au Théâtre du Gymnase, dans lequel il n’est plus seul en scène, mais entouré d’une petite troupe, huit artistes en le comptant. Les tours qu’il exécute lui-même ne sont pas inédits, je les avais tous vus auparavant, encore exécutés impeccablement ; il est donc un peu le maître de jeu.

Tout n’est pas du même niveau dans ce spectacle intitulé Comedy Majik Cho et produit par le Québec : Alain Choquette est censé montrer un formidable tour de cartes (chaque spectateur a reçu un jeu avant d’entrer dans la salle), mais ce devait être raté, puisque nul n’a compris où il voulait en venir ! Sans tapage, sur Canal Plus, Kamel le Magicien fait mille fois mieux. Les deux comiques qui ouvrent le spectacle, Luca et Tino, égarent les spectateurs qu’ils font semblant de placer, jusque derrière le rideau de scène (!), mais leur numéro est trop répétitif et finit par lasser. Darcy Oake fait un beau numéro d’évasion où il feint de risquer sa vie (d’immenses mâchoires d’acier menacent de le broyer s’il ne sort pas à temps de la camisole dans laquelle il est prisonnier la tête en bas, mais personne n’est dupe du fait qu’elles ne claquent qu’une fois qu’il en est sorti), et Vincent C fait mine de vouloir exécuter trois tours en même temps : un numéro de hula-hoop, deviner la carte qu’a choisie une spectatrice qu’il a recrutée dans la salle, et... remonter sans les mains un Rubik Cube miniature qu’il tient entre ses dents. Censé ôter une pièce de ses vêtements chaque fois que le hula-hoop tombe à terre, il finit en slip, qu’il baisse pour montrer que le numéro de la carte à deviner est peint sur ses fesses ! C’est de l’humour québécois.

Les deux meilleurs sont Théo Dari, qui exécute un fabuleux numéro avec des rayons lasers qu’il modèle de ses mains (!), et Luca Bono, vingt-deux ans, qui tient ici le rôle du jeune voulant débuter dans la profession de magicien et se fait bizuter, avant d’éblouir tout le monde grâce à une exceptionnelle suite de tours avec des colombes. Je vous cite celui qui semble avoir échappé au public, parce que trop rapide : il froisse en boule une feuille de papier et la lance dans le public, et la boule se transforme en colombe vivante pendant sa trajectoire, à plusieurs mètres de lui. Ce tour n’est pas, hélas, dans la vidéo de France 2 que vous verrez ICI. Comme je m’intéresse à la magie depuis toujours, je devine parfois comment le magicien a fait (j’avais compris comment David Copperfield faisait disparaître la statue de la Liberté), mais là, je rends mon tablier.

Brachetti et sa troupe restent à Paris jusqu’au 19 janvier. Publicité non payée, évidemment.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Je ne suis que logique, et chercher à comprendre fait partie de ma nature.

à propos de femme coupée en morceaux, le premier tour que j’ai vu sur scène quand j’étais enfant, il a été renouvelé dimanche par l’équipe de Brachetti : on fait monter le jeune Luca Bono sur
une table (il n’y a rien dessous) sur laquelle sont posés deux sortes de presse-livres géants. On installe le garçon entre les deux presse-livres, et on les rapproche brutalement. Théoriquement, il
est écrabouillé, et, en effet, on extirpe ce qui reste de son vêtement ensanglanté.

Il reparaîtra sain et sauf un peu plus tard à un autre endroit. Très surprenant.
Répondre
D
Je ne cherche pour ma part jamais à savoir comment ils font, je regarde, m'émerveille, suis fascinée, autrement dit je me régale. Surtout, je garde la magie sans chercher à savoir. Ce serait trop
triste de savoir que la dame dans la boîte ne se fait pas vraiment couper en deux, et que le magicien ne la recolle pas pour de vrai.
Mon manque de logique m'aide, faut dire.
Répondre