« Exodus: Gods and Kings » a des ennuis

Publié le par Yves-André Samère

On a su ce matin que Exodus: Gods and Kings, le dernier film de Ridley Scott, avait des ennuis au Maroc. J’ignore s’il a été interdit ou simplement censuré. Je n’ai pas d’opinion sur le film, que je n’ai pas encore vu. À vrai dire, je n’aime guère Ridley Scott, dont je pense qu’il n’a fait qu’un seul bon film sur trente-quatre, son premier, Duellistes, en 1977. Ce cinéaste, ensuite, a pratiqué un style tapageur, dont je ne suis pas amateur.

Le film dont il est question aujourd’hui est une sorte de remake de celui – son dernier – que Cecil B. DeMille avait sorti en 1956, Les dix commandements, qui racontait sous une forme très hollywodienne et romancée l’exode du peuple juif, jusqu’alors esclave en Égypte. Il faut avouer que cette histoire, calquée sur le deuxième livre de la Bible, L’exode, rapportait un épisode que les historiens modernes mettent fortement en doute. Mais DeMille, qui croyait à la Bible, avait pour compenser un style très reconnaissable, et je le tiens pour un maître du cinéma – outre le fait que c’est lui qui a fondé Hollywood, tout simplement, puisque, avant qu’il s’installe en 1914 dans cette région pour y tourner son premier film, The Squaw man, le premier des quatre-vingts qu’il a faits, aucun cinéaste n’y avait jamais mis les pieds. D’autres cinéastes, dont Chaplin, l’ont ensuite rejoint, et y sont restés, car la région leur offrait des paysages riches en grands espaces, que New York, d’où ils venaient, n’avait certes pas !

Mais que reprochent les autorités marocaines au film de Scott ? Apparemment, d’avoir fait du personnage de Moïse, non pas un chef religieux ayant fondé le judaïsme, mais un chef militaire, surtout préoccupé à guerroyer contre son frère adoptif, le pharaon Ramsès II. Il faut avouer que, chez DeMille, ce personnage, que jouait Charlton Heston de façon très inspirée, était bien plus tourné vers la spiritualité, ayant confié les affaires militaires à Josué qui lui succéda ensuite, et préférant passer beaucoup de temps à dialoguer avec Dieu. Christian Bale, qui tient le rôle chez Scott, est beaucoup plus terre-à-terre, c’est certain.

Le plus curieux est que, si on a fait obstacle au film parce qu’il risquait de heurter la sensibilité des Juifs du pays, le Maroc s’avère ainsi le seul pays musulman dont les autorités les ménagent à ce point. Je ne parle pas de la population, qui n’aime pas les Juifs et le montre ouvertement. Mais les trois rois du Maroc – depuis que les sultans ont pris le titre de roi – ont tous utilisé les Juifs, soit pour traiter leurs affaires privées, soit, grâce à leurs médecins, pour veiller sur leur propre santé !

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