La soirée des Molières

Publié le par Yves-André Samère

Exceptionnellement, hier soir, j’ai regardé à la télévision la soirée des Molières, mais je ne vais pas en faire le compte-rendu, car tous les journaux s’en sont occupé. Je ne ferai que deux ou trois remarques.

D’abord, je souhaiterais vivement qu’un règlement interdise, dans ce genre de cérémonie, l’emploi intensif des mots Monsieur et Mademoiselle pour désigner les acteurs. Ça commence vraiment à devenir ridicule, et il y a des traditions qu’on ferait bien de jeter à la poubelle. Vous diriez, vous, « Mademoiselle Judith Magre » à une actrice de 84 ans révolus ? Je souhaiterais aussi que l’on colle une amende salée à tout lauréat qui utiliserait le mot merci dans son discours. Hier soir, on a dû entendre ce mot environ deux cent cinquante-six fois, et on n’en pouvait plus.

Laurent Laffitte, qui présentait avec esprit la soirée, avait fait mine de vouloir sanctionner tout lauréat dont le discours dépasserait les deux minutes de demie, mais peine perdue, la « menace » est restée lettre morte, et le public a dû subir, en feignant l’admiration, un interminable discours sur la théorie du théâtre, par Peter Brook, si âgé que nul n’oserait jamais lui couper la parole, bien qu’on n’ait rien compris à ce qu’il racontait. Son speech avait été précédé de celui prononcé par la terrifiante Juliette Binoche, dont je n’ai pas pas besoin de vous rappeler celui qu’elle avait fait l’année dernière à Cannes, et que vous pouvez d’ailleurs relire ICI, histoire de réviser vos classiques (aujourd’hui, on ne dit plus « réviser », on dit « revisiter », mais ma pendule n’est pas à l’heure).

Excellente initiative, aussi, que de donner TROIS Molières à la même pièce, La nuit des fauves, ce qui nous a valu autant de discours de son adaptateur, lequel les a assaisonnés d’une vingtaine de « Bien évidemment » de la meilleure veine. On ne doit pas connaître le français, pour écrire des pièces de théâtre ?

En revanche, je tire un coup de chapeau à Catherine Hiégel, qui, avec dignité, a prononcé un petit discours, net, précis, court, sans trébucher sur les mots, et pas du tout vengeur, alors que, dans l’année, elle a tout de même été virée de la Comédie-Française. À la place, maintenant, on a Christian Heck !

Et puis, on se serait bien passés de la piécette résolument dénuée de tout intérêt, jouée en prologue par deux cabotines, qui ne faisait que prolonger la soirée. Elle devait se terminer à onze heures vingt, en fait, ce fut minuit passé.

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