Les Littell

Publié le par Yves-André Samère

Dans la famille Littell, je demande le père et le fils !

Le père, Robert, né en 1935, ancien journaliste de « Newsweek », spécialisé dans la politique étrangère, est devenu écrivain à succès. Curieusement, il a publié son premier roman en France, dans « L’Express » (il parle le français et vit partiellement chez nous). Son thème favori : la CIA, vue sous un angle très critique. De ses seize romans, écrits entre 1973 et 2008, une douzaine ont été publiés en France. Si vous ne connaissez pas, je vous conseille La compagnie, énorme roman de 1200 pages, sorti en 2002, qui vous dira tout sur le KGB et la CIA entre 1950 et 1995. Assez bien traduit, il se lit très facilement, malgré la multiplicité des personnages. Je viens d’acheter un autre roman de Littell, Les sœurs, paru en 1986, et j’en parlerai peut-être ici.

Littell a un fils, Jonathan, né en 1967, et qui a su accomplir un exploit sans précédent : bien que né à New York, il s’est offert le luxe d’écrire son premier roman en français, et… de remporter ainsi le prix Goncourt ! Le livre s’intitule Les Bienveillantes (avec un « B » majuscule, parce que ce mot désigne les Erynnies), il est énorme et traite du nazisme, par la voix d’un narrateur lui-même officier nazi, qui trouve normale son activité au service du Reich. C’est aussi une sorte de fou, détraqué sexuel, incestueux, homosexuel, et criminel dans le civil. Quelques grincheux ont écrit que ce roman était indigeste – comme d’autres avant eux avaient dit la même chose du livre de Salman Rushdie Les versets sataniques, sans d’ailleurs l’avoir lu –, et il est vrai que Les Bienveillantes n’est pas d’accès facile, au contraire des œuvres de son père, mais sa lecture vaut la peine que vous prendrez à vous y plonger.

Lequel est le meilleur écrivain ? La question est si absurde que je vais m’efforcer d’y répondre. En admettant qu’un roman puisse être jugé selon trois critères, l’intrigue, les personnages et le style, on doit reconnaître que si les romans de Robert recèlent une intrigue prenante et des personnages aussi fouillés que riches, en revanche, le style en est purement fonctionnel, journalistique. C’est d’ailleurs ce qui en fait la lecture si aisée. Au contraire, le livre du fils est dense, touffu, elliptique, fantasmatique, halluciné parfois, et certaines scènes de sexe et de massacres sont pénibles à visualiser. En ce sens, il est plus « littéraire », et on peut le préférer. Mais il faut se donner la peine d’absorber ces 1390 pages (en Folio, réédition assez bien corrigée par l’auteur, puisque la première faute de français n’apparaît qu’à la page 176, où il écrit que « la Sicherheitspolizei débuta ses activités », sic), suivies d’un glossaire des grades dans l’armée et la police allemandes.

(Cet article avait été écrit à la demande d’un journal qui désirait publier mes petits écrits, à commencer par mes critiques de cinéma, et même me payer pour cela. Mais, au vu de la maquette du premier numéro, j’ai préféré me retirer dans l’ordre et dans le calme. Vous en avez, de la chance, bande de privilégiés !)

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
<br /> Je comprends assez bien, ce n’est pas un livre agréable à lire. Mais enfin, je n’ai pas été tenté de l’abandonner, et je suis prêt à le relire.<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Je me suis bagarrée avec le livre du fils, j'ai perdu la bataille ! Indéniablement un livre d'écrivain cependant.<br /> <br /> <br />
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