Rushdie, toujours tricard !

Publié le par Yves-André Samère

Nous avons appris que Salman Rushdie, qui devait se rendre dans son pays natal, l’Inde, où il était invité au festival de littérature de Jaipur commencé avant-hier, a renoncé à s’y rendre, car un projet d’attentat contre lui a été dévoilé par les services de renseignements du Maharashtra, l’État où se trouve Mumbai (ex-Bombay). Fomenté par des extrémistes musulmans conservateurs, dont pas un, je crois, ne sait lire (comme disait Voltaire dans son Candide), le prétexte est toujours le même : Rushdie a « offensé le prophète Mohammed » dans son roman Les versets sataniques.

Petit rappel de ma part, puisque j’ai lu ce formidable livre, il date de 1988 ! Voilà donc près de vingt-quatre ans que des crétins fanatiques ruminent la même ineptie, prouvant ainsi qu’ils ne l’ont seulement pas feuilleté. Ajoutons qu’ils ont été rejoints dans le crétinisme extrême par quelques personnages illustres.

Le premier de tous ces cancres n’a pas été l’ayatollah Khomeiny, comme on le ressasse sans arrêt. En fait, ce fut... Rajiv Gandhi, Premier ministre de l’Inde après l’assassinat de sa mère Indira (oui, dans la « plus grande démocratie du monde », on était à cette époque Premier ministre de père en fille et de mère en fils). Il démissionna en 1989 après une défaite aux élections, et fut lui aussi assassiné deux ans plus tard. Or c’est bien Rajiv Gandhi, et nul autre, qui prononça la première interdiction du livre de Rushdie... qu’il n’avait pas ouvert mais dont on lui avait commenté un passage servant ensuite de prétexte. Khomeiny, apprenant que Gandhi avait interdit le livre, a pris le relais en Iran, et l’a interdit aussi, mais avec ce supplément d’âme, une condamnation à mort valable pour l’éternité !

Ces deux dangereux zozos n’ont pas été les seuls, il eût été navrant que l’Europe ne joigne pas sa voix à celle des obscurantistes. C’est pourquoi quelques têtes pensantes, à l’époque, avaient aussi déclaré que le livre de Rushdie était impie, qu’elles condamnaient fermement ce soi-disant écrivain (sic), et qu’elles n’avaient pas l’intention de le lire, ce qui est une façon inédite de s’informer, surtout lorsqu’on prétend donner publiquement son avis. Parmi ces défenseurs de la tolérance et de la littérature, Margaret Thatcher, et un certain Jacques Chirac, dont le nom vous dit peut-être quelque chose.

Quoi qu’il en soit, lisez Rushdie. Un jour, il aura le Prix Nobel, mais pas la peine d’attendre.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Et moi, un petit opuscule réunissant quelques-uns de ses textes : « Principes politiques, philosophiques, sociaux et religieux ». Hilarant. Il citait l’Histoire, et plaçait
chronologiquement Napoléon avant Jeanne d’Arc !
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L
Moi, j'ai lu la khomeiny humaine.
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