Toutes les I.V.G. gratuites ?

Publié le par Yves-André Samère

J’avais écrit hier cet article, mais, à la réflexion, il était incomplet. Je l’ai donc refait ce matin, et les commentaires qui l’accompagnaient ont sauté, par conséquent. Je commençais en écrivant que je réprouvais les tentatives des réacs espagnols (aujourd’hui au pouvoir à Madrid, et tous nostalgiques de la belle époque où ce grand humaniste de Franco régnait sans partage) de raboter les dispositions légales en faveur de l’avortement – que nous appelons « I.V.G. » (interruption volontaire de grossesse, car nous sommes d’une exquise délicatesse dans la langue de bois). Prochaine étape, « démarier » les homosexuels qui ont convolé, ces impies ayant causé ainsi une peine infinie à la Sainte Mère de Dieu et au Petit Jésus ?

Il n’empêche que je fais les nuances, et que je suis légèrement mal à l’aise quand j’entends les manifestantes françaises brailler « Avortement libre et gratuit pour toutes ! », traînant en outre dans la boue les députés de l’UMP qui souhaiteraient qu’on mette un peu la pédale douce sur ce fameux remboursement de TOUS les avortements. Là, c’est de l’esprit de système, voire du dogmatisme. La grossesse serait donc une maladie ? Rembourse-t-on la chirurgie esthétique, en dehors des cas très graves ?

Ce n’est pas l’avortement qui me gêne, c’est l’idée de rembourser TOUTES les femmes qui y ont recours, quelles que soient leurs finances. La Sécurité sociale aurait donc de l’argent en rab ? Il ne me semblerait pas inéquitable que l’on conditionne ce remboursement à la situation économique de la personne qui a demandé cette intervention. Pour parler clair, rembourser les frais à une femme qui n’a pas les moyens, oui, mais, en contrepartie, faire casquer celles qui les ont.

Soyons précis : il existe deux méthodes d’avortement, la chirurgicale et la médicamenteuse. La première peut être faite, sous anesthésie locale ou générale, jusqu’à la fin de la douzième semaine de grossesse, en établissement de santé, et elle nécessite une hospitalisation inférieure ou égale à douze heures. La seconde peut être faite en établissement de santé ou chez un médecin de ville, jusqu’à la fin de la cinquième semaine, et elle consiste à prendre deux médicaments, l’un qui interrompt la grossesse, l’autre qui provoque des contractions et qui expulse l’embryon. Là, pas d’hospitalisation. En établissement de santé, le prix d’une IVG chirurgicale, fixé par la loi, va de 437,03 euros à 644,71 euros. Pour l’autre méthode, les prix vont de 230 à 270 euros en établissement de santé, et il est de 190 euros chez un médecin. Tout cela est remboursé à cent pour cent par la Sécurité sociale, pour toutes les femmes qui y ont recours.

Vous noterez que, si ces sommes peuvent sembler lourdes pour des femmes sans grands moyens financiers, elles sont insignifiantes pour la bourgeoise du septième arrondissement, qui dépensera dix fois plus en un week-end au ski ou à Marrakech. En outre, la plupart des smartphones dont on trouve en moyenne un exemplaire par membre d’une famille coûte plus cher que cette intervention ! Je sais, la comparaison est saugrenue, mais je la fais exprès pour souligner l’absurdité de certaines revendications. Les Suisses, pour ne parler que d’eux, ne rechignent pas à consacrer à leur santé des sommes qu’en France on gaspille plutôt pour des vacances deux fois par an, un séjour à Gstaad pour Noël, des vêtements de marque pour les gosses, et des cadeaux aussi inutiles que stupides. Ça, oui, c’est idiot et indécent.

Vous remarquerez que nulle part je ne laisse la morale pointer ici son vilain nez, et que je feins pas de croire qu’un avortement serait une partie de plaisir, tout à fait capable de servir de contraceptif d’appoint aux étourdies. Encore une fois, je ne me suis intéressé ici qu’à l’aspect financier de la question. Que les femmes résistent donc à la tentation bien légitime de vouloir m’arracher les yeux pour avoir écrit ce qui précède.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
« On aurait ceux qui peuvent se soigner, et ceux qui crèveraient, faute d'argent à mettre dans les frais médicaux ». Ce n’est certainement pas ce que je souhaite dans mon article. Plutôt
le contraire : qu’on rembourse intégralement leurs dépenss médicales aux pauvres, et qu’on rabote les remboursements aux riches.

Je sais, je sais, avec les socialistes au pouvoir, ça va « se faire incessamment, et même avant », comme disait San-Antonio.
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D
Oh, c'est aussi le cas de ces entreprises qui versent leur salaire intégralement aux employés en arrêt maladie. Ce sont les entreprises qui se font rembourser ces jours de maladie, avec un plafond
(quand même...) de trois mois par an.
Résultat j'ai entendu une employée demander au service du personnel combien de jours de maladie il lui restait à prendre.
Bien sûr qu'il y a des abus. Certains coins devraient être enfoncés. Avec précaution, quand même ! Car très vite on aurait ceux qui peuvent se soigner, et ceux qui crèveraient, faute d'argent à
mettre dans les frais médicaux. Cela se faisait autrefois, mais bon, si on pouvait éviter de repasser les plats...
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Y
J’enfoncerais volontiers un coin, et même plusieurs, dans les règles idiotes, et qu’on n’ose pas toucher, dès lors qu’elles sont écrites.

Exemple : à la Libération, il a été décidé que les entreprises comptant au moins cinquante employés devraient avoir un comité d’entreprise, élu par les travailleurs, qui s’occuperait notamment
du social, et recevrait au minimum 0,2 % de la masse salariale brute. Louable.

Mais le zigoto chargé de rédiger les textes s’appliquant à l’EDF s’est trompé, et a inscrit « chiffre d’affaires » au lieu de « masse salariale ».

Quand on s’en est aperçu, il était trop tard, le texte était entré en vigueur. Si bien que la CGT, syndicat majoritaire à l’EDF, s’est trouvée, et le Parti Communiste avec elle, à la tête de la
plus formidable caisse noire de la République. Et que les employés de l’EDF avait tout gratuit, notamment leurs villégiatures de vacances (et l’électricité gratuite, bien entendu : on
reconnaissait dans le banlieues les cités qu’ils occupaient, car la lumière ne s’éteignait jamais). Je le sais bien, l’un de mes oncles en a bénéficié jusqu’à sa mort.

Ces privilèges ont duré une petite cinquantaine d’années...
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D
Vos yeux me sont trop précieux pour que j'envisage une seconde de vous les arracher !
La neutralité concernant les revenus est une des bases déontologiques de la Sécu. Après, interviennent les mutuelles ou la CMU. Votre suggestion enfoncerait un coin dans cette règle.
Par contre, les jeunes femmes, génération après génération, doivent être éduquées à la contraception, le contexte familial souvent ne suffisant pas.
Or, les maisons du Planning Familial, qui étaient tête de pont de l'éducation en ce domaine, ferment les unes après les autres (faute de budget), laissant les jeunes filles largement
désorientées.
La vraie victoire serait que l'avortement soit un recours de plus en plus rare.
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