Justice nulle part

Publié le par Yves-André Samère

Quelques considérations sur la grâce enfin accordée à Jacqueline Sauvage. Ensuite, je vous fiche la paix et je passe à autre chose. On va pouvoir parler de foie gras et de champagne, comme tous les gens civilisés. Je ne veux surtout pas gâcher le sacré-saint Réveillon d’après-demain.

D’abord, un détail : on entend constamment que les magistrats crient au scandale, parce que François Hollande aurait bafoué la séparation des pouvoirs en utilisant un pouvoir régalien – qui, jusque là, ne choquait personne. « LES magistrats », vraiment ? Ce ne serait pas plutôt UN syndicat de magistrats, en l’occurrence l’USM (Union Syndicale de la Magistrature, très à droite, qui représente le quart des magistrats de France), celui qui avait fustigé le SM (Syndicat de la Magistrature, de gauche, et qui rassemble 70 % des jeunes magistrats) pour son célèbre « mur des cons » où l’on raillait pas mal de personnalités politiques du moment ? Messieurs des médias, faites votre métier et fournissez au bon peuple toutes les précisions nécessaires !

Ensuite, et parce qu’on a entendu l’argument spécieux selon lequel c’est le peuple souverain qui décide en cour d’assises, et que, donc, s’il a condamné Jacqueline Sauvage à dix ans de taule, on ne va pas à l’encontre de la souveraineté populaire, ce ne serait pas mauvais de dire enfin la vérité : que le président du tribunal est le maître absolu dans SON tribunal, qu’il dirige la délibération des jurés, et peut les influencer comme il le veut, aboutissant ainsi au verdict qui lui plaît. On en a même fait un film d’André Cayatte, Verdict, avec Jean Gabin et Sophia Loren, dans lequel celle-ci jouait la mère d’un assassin qui risquait la peine de mort, et contraignait le président, après avoir enlevé sa femme, à faire prononcer par le jury un verdict épargnant l’assassin qui était son fils. Ajoutons que si un jury populaire a condamné à mort un innocent, Christian Ranucci, injustement accusé de l’assassinat d’une petite fille, obtenant ainsi son exécution aux Baumettes, à Marseille, c’est parce que l’accusé, âgé de 23 ans et qui, se sachant innocent, se croyait à l’abri, a ouvert sa grande gueule durant les débats et indisposé le président, qui ne lui a pas pardonné. L’honnête magistrat a donc fait pression sur le jury et obtenu qu’on envoie le garçon à la guillotine. Si, à cette époque, on avait eu un président de la République conscient et courageux, plutôt que Giscard, cette horreur ne se serait pas produite.

À pointer aussi, ce comportement aberrant de la cour d’appel qui avait récemment confirmé la  condamnation de l‘accusée. Ce tribunal, comme l’a très bien dit ce matin sur France Inter un avocat général ayant requis un acquittement pour une autre accusée, s’est comporté comme une assemblée de curés, justifiant de laisser Jacqueline Sauvage en prison, par le fait qu’elle ne semblait pas regretter son acte. Or le rôle de la Justice n’est pas de pardonner, mais de décider de la sanction qu’on appliquera si elle est motivée. Un tribunal n’est pas un confessionnal. Rien à voir avec la morale !

Et les autres erreurs judiciaires, de Marie Besnard à l’affaire d’Outreau en passant par Seznec et Patrick Dills, elles n’auraient pas justifié, à défaut d’un verdict équitable, une grâce présidentielle qui nous aurait évité la honte d’avoir une justice dans cet état ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 29/12/2016 10:40

L'argument selon lequel J. Sauvage devait rester en prison parce qu'elle ne regrettait pas son geste était particulièrement stupide. C'est l'illustration parfaite de l'aveuglement que peuvent avoir certains magistrats au détriment de la justice. Ce qui, du coup, justifie l'existence de la grâce présidentielle, qui est là pour rectifier ces errements.
Ou comment se tirer une balle dans le pied.

Yves-André Samère 29/12/2016 10:49

Stupide, c’est bien ce qu’il fallait souligner. Je regrette de ne pas l’avoir écrit plus tôt.