Promotions(s) sociale(s)

Publié le par Yves-André Samère

Est-ce partout, ou seulement chez nous les Hexagonaux, mais il semble que nos contemporains redoutent les mots usuels, et ont pris depuis des années le pli de les remplacer par des termes plus, euh... consensuels. Enfin, qui arrondissent les angles, et ne font de mal à personne, sinon à la langue nationale. Quelques exemples ? Facile !

Dans l’enseignement, il n’y a plus d’écoles primaires : on les a remplacées par des écoles élémentaires. Oui, mon cher Watson, c’était élémentaire. De même que le ministère de l’Instruction publique a été rebaptisé ministère de l’Éducation nationale. Et les instituteurs, passés à la trappe, sont devenus des professeurs des écoles, tandis que les écoles normales où ils apprenaient leur métier ont accédé au rang d’Instituts universitaires de formation des maîtres (notez qu’outre le remplacement d’école par institut, on a pris soin d’inclure les mots universitaire et maître, très valorisants). Cela permet de caresser un peu les cibles humaines dans le sens du poil avec un titre plus flatteur, plutôt que de les payer mieux.

Dans la police, l’expression gardien de la paix (ou jadis, hirondelle) est devenue rare, on ne l’entend plus du tout, et les inspecteurs de police peuvent s’estimer heureux d’être devenus des lieutenants de police ou des officiers de police judiciaire. Ces grades, hérités de l’armée, sont nettement plus valorisants, surtout lorsqu’un ex-inspecteur peut espérer être promu capitaine ou commandant. Patience, un beau jour, ils seront tous élevés au grade de général.

Dans les métiers artistiques, il y a belle lurette que les acteurs ont réussi à se faire appeler comédiens. Beaucoup ignorent jusqu’aux règles de grammaire (voyez Isabelle Huppert et ses célèbres « Tu t’rappelles de ça ? », qu’elle case un peu partout), mais le public n’y voit que du feu. Le feu sacré, sans doute. C’est presque pire chez les journalistes et animateurs de télévision, pourtant censés avoir fait des études. Mais si les études servaient à quelque chose, Yann Barthès aurait eu l’idée de continuer les siennes, lui qui parle aussi bien que la mère Huppert.

Pour ce qui est du petit peuple, les concierges ont été les grandes gagnantes à ce loto sémantique, si bien qu’elles ont accédé au rang de gardiennes d’immeubles, tandis que leurs collègues les femmes de ménage sont devenues des techniciennes de surface, et que les éboueurs sont comblés par ce titre qui leur a été attribué : agents de propreté urbaine.

Finalement, de ce jeu de chaises musicales, ne demeurent perdants que les gardiens de prison, seuls intouchables depuis que la profession de bourreau a été abolie, et qui se retrouvent rétrogradés au rang de matons. Mais pourquoi voudriez-vous distribuer à toutes les catégories sociales les mêmes privilèges ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 25/11/2018 18:26

Dans la campagne profonde, le "cantonnier" a disparu, remplacé par "employé municipal". Tous aussi lents au balayage, là ça n'a pas changé.

Yves-André Samère 25/11/2018 18:34

C’est ainsi pour tous les “petits”métiers. J’aurais pu citer aussi le poinçonneur du métro, le vitrier et le tambour de ville. Sans oublier le cardeur de matelas ! Mais enfin, ce sont des métiers qui ont disparu. Mon article visait surtout les métiers qui existent toujours, et qu’on a rebaptisés uniquement pour suivre la mode.