Mentir, ou pas ?

Publié le par Yves-André Samère

Je l’avoue, j’ai un petit défaut : je ne mens jamais. Sans doute parce que je pense qu’aucun être humain ne mérite qu’on se fatigue les méninges afin de le rouler dans la farine. Alors, tant pis. Corollaire de ce petit défaut : je ne supporte pas qu’on me mente, et si cela se produit, la sanction est immédiate, je romps toute relation avec le menteur.

Il y a quelques années, un membre de ma famille, docteur en chimie ET auteur de bandes dessinées, qui depuis peu faisait partie de l’équipe d’un mensuel pas encore paru mais en cours de préparation, m’avait fait engager dans ce mensuel, lequel m’offrait de publier, non seulement mes critiques de cinéma, mais aussi tout article que je lui enverrais. J’avais accepté, précisant (naïvement) que je me fichais du salaire, d’ailleurs microscopique, voire symbolique, mais que j’exigeais un engagement de la part du rédacteur en chef : qu’on ne modifierait pas la moindre lettre de mon texte. Vous voyez la référence, celle de Cyrano faisant à un noble qui lui offrait de le pistonner auprès du cardinal de Richelieu afin de faire publier ses œuvres, et qui précisait « Il vous modifiera seulement quelques vers », cette réponse outrée : « Impossible, Monsieur, mon sang se coagule / En pensant qu’on y peut changer une virgule ». Et ledit rédacteur en chef m’avait aussi promis de me laisser toute la page 12, si bien que je lui avais envoyé une trentaine d’articles ! Or, ayant reçu la maquette du numéro 1, j’avais constaté que, non seulement on ne publiait qu’un seul article de moi, le compte-rendu du dernier film de Clint Eastwood, mais aussi que, dans cet article, on avait transformé mes guillemets français en guillemets droits. Je lui avais aussitôt flanqué ma démission, avant même que sorte ce numéro 1. Ce qui me valut une brouille définitive avec ce parent qui m’avait fait engager. Eh oui, je puis couper les ponts avec n’importe qui, et sans tarder.

Et donc, j’exige en toute occasion qu’on ne « colore » pas la vérité, serait-elle pénible. C’est valable aussi pour les médecins : si jamais on détecte que je dois mourir d’un cancer, qu’on me le dise carrément, et qu’on n’invente pas que je souffre d’une simple grippe ou d’une allergie au gluten, bien que ce soit à la mode.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

C
Cela me semble exagéré : je ne pense pas qu'il y ait eu une volonté de vous nuire en remplaçant ces guillemets, et il est même possible que c'eût été un problème de police. Je suis curieux de savoir la réaction de votre parent.
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Y
Argument qu’on m'a présenté pour justifier ces guillemets droits : les guillemets français, ceux en forme de chevrons, « ralentiraient la lecture » (ils sont identiques dans toutes les polices). C’est sans doute afin de ralentir leur lecture que TOUS les éditeurs de France les utilisent, et les journaux aussi.

Mon cousin a rompu nos relations. Je ne l’ai pas regretté.
J
Rassurez-vous pour les médecins, la plupart de ceux -généralistes ou spécialistes - que j'ai eu l'occasion de rencontrer ces derniers temps m'ont donné l'impression qu'ils n'aspiraient qu'à une chose : avoir affaire à un enfant ou un légume. En conséquence, ils jouent les sphinx ou les tours d'ivoire. Il faut leur mener la vie dure pour qu'ils acceptent de donner les informations demandées.
C'est que, voyez-vous, cette clique en vogue, ne veut pas être dérangée par des volontés ou des décisions de patients qui contrecarreraient leur business;
Quant aux urgences, les dernières que j'ai fréquentées -non je vais assez bien, je ne suis pas mourant - c'était un poème. la moindre question ou la moindre remarque était prise comme une remise en cause ou une critique. Crispation immédiate. Qu'est-ce qu'on leur a fait ?
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Y
Pas les miens, que je vois régulièrement à l’hôpital. Ils sont très bien, tout à fait dévoués. Jamais ils ne m’ont donné l’impression que je les dérangeais. Le chirurgien qui m’a opéré il y a deux ans venait me voir tous les jours dans ma chambre, et il a commandé un taxi (gratuit) lorsque, mon séjour terminé, il a fallu que je regagne mon domicile.

Et mon passage aux urgences de l’Hôtel-Dieu, en novembre, a été parfait. Rapide, un examen complet, une analyse de sang très pointue.