Des excuses à l’Algérie ?

Publié le par Yves-André Samère

Le gouvernement algérien n’est pas content, parce que Sarkozy refuse de faire des excuses à l’Algérie pour les cent trente ans de cette colonisation qu’elle a subie par la faute de gens qui sont morts depuis longtemps, et que n’a connue quasiment aucun de ses citoyens vivants. Une exigence raisonnable, par conséquent.

Certes, Sarkozy pourrait envoyer Ségolène Royal en Algérie : elle s’excuserait à tour de bras, y compris pour la dictature militaire qui règne sur place depuis juillet 1962, date où ce pays est devenu indépendant. Mais elle refuserait peut-être de lui rendre ce petit service, rancunière comme on la connaît.

De sorte que, la situation étant sans issue de notre côté, du moins jusqu’au prochain changement d’avis de not’ bon maître, il paraît que les députés algériens vont « voter une loi » : ils nous prennent tout, preuve que la colonisation a aussi laissé ce genre de trace. Cette loi devrait permettre de condamner les responsables de la colonisation, ce qui promet de joyeux moments quand il s’agira de les trouver. On va aussi juger De Gaulle, qui était à la tête de l’État le jour des massacres de Sétif, le 8 mai 1945 ? Ou Mitterrand, ministre de l’Intérieur et recordman homologué des demandes de condamnations à mort pendant la guerre d’Algérie ?

Or, comme les députés algériens sont des élus honnêtes et inspirés par ce sentiment de justice qui souffle sur toutes les assemblées élues de la planète, ils vont – certainement, impossible d’en douter – aussi voter une loi permettant de juger les crimes commis par les Algériens pendant cette fichue guerre, qui présente l’intéressante particularité d’avoir eu lieu entre deux camps opposés ne s’étant pas ménagés. Et, cette loi votée, les Algériens vont s’empresser de rechercher, arrêter, incarcérer, juger et condamner les assassins de la famille Mello, par exemple.

Quoi ! Vous ne connaissez pas l’histoire de la famille Mello ? On vous raconte.

Les Mello étaient une famille d’agriculteurs français, à Aïn-Abid, en Algérie (c’est le village natal d’Enrico Macias, à quinze kilomètres au sud-est de Constantine). Pas le genre de « gros colons », comme disaient les journaux de l’époque, vu que la majorité des agriculteurs français en Algérie étaient pauvres comme Job, si l’on excepte une poignée de gens très bien qui s’en sont merveilleusement tirés parce qu’ils avaient pris leurs précautions longtemps avant. La famille Mello se composait du père, Faustin, de la mère, dont j’ignore le prénom, d’une fille de treize ans (certains disent onze), Marie-José, d’un bébé de cinq jours prénommé Bernadette, et de la grand-mère de 76 ans. Or, un sale jour, le 20 août 1955, vers midi, une bande de rebelles algériens investit leur ferme. Ils commencèrent par tuer le père dans son lit, lui coupant à la hache les bras et les jambes, puis violèrent la mère, la fille et la grand-mère. Après cela, ces courageux combattants se saisirent du bébé, le découpèrent en tranches sur le bord de la baignoire et sous les yeux de sa mère, éventrèrent la mère et remirent les restes à l’intérieur du ventre dont il était sorti. On connaît parfaitement l’ordonnateur de ces tueries, il se nommait Zighout Youssef, et il a des rues à son nom dans toutes les villes d’Algérie, vous pouvez aller vérifier.

Si vous croyez que j’ai inventé cette histoire, sachez qu’elle a été révélée par Yves Courrière, historien et journaliste plutôt favorable à l’indépendance de l’Algérie, et qui a été le premier à publier une histoire de cette guerre, en quatre gros volumes, de 1968 à 1971. De ce jour de massacres (car il y en eut d’autres ce jour-là dans tout le Nord-Constantinois), il a écrit que c’était « une date terrible, une date inoubliable ». Mais les Algériens en sont si fiers, de cette date, qu’ils en ont fait une fête nationale, la « Journée nationale du moudjahid » (le moudjahid, en arabe, est le combattant).

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Merci pour ces précisions et pour ces confirmations.

Cela dit, je n’ai jamais écrit que les Mello étaient pauvres, mais que la majorité des agriculteurs français étaient loin d’être riches.

Pour les autres détails sur la famille ou le village, ils sont hors sujet. Je n’ai entrepris que de raconter un atroce massacre sur des personnes sans défense. Massacre qui est resté impuni. Dans
le cadre d’un article qui doit rester court, je n’allais pas raconter des histoires étrangères à mon récit.
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B
Je suis natif de ce village,je connaissais bien le MELLO ,mon père était fonctionnaire dans ce village,José MELLO avait environ 12 elle était en classe avec moi dans l,ancienne école près de la
mairie! Les MELLO n,étaient pas si pauvre,certes une partie des terres qui',ils cultivaient Appartenaient à la Compagnie ALGÉRIENNE. Mais ils vivaient bien!la famille ne se composait pas seulement
des vieux dont Faustin,vous oubliez leur enfants surnommés TOTOR,ZEZE etc. Un d,entre eu était garde oublié je crois! Leur accointance avec le maire DE BERNADI à fait leur malheur!Pourquoi ne parle
t-on pas des ROSSI,le café restaurant? Qui a tué le fils GRAFF à ma connaissance il a été tué parun tir ami?la répression mène par le maire,les fils MELO et certains gendarmes que mon pere connaît
bien à te terrible?le reste n,est que?????!
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D

Merci pour le cauchemar. Comment des êtres humains peuvent-ils en arriver à une telle ignominie ? Parce que ce sont des êtres humains, sans doute.


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Y

Ils avaient été bourrés de propagande par Zighout Youssef. Un exemple : un camion transportant des rebelles algériens doit passer un barrage de l'armée française du côté d’El Milia (c’est
entre Constantine et Djidjelli). Pour leur éviter d’avoir peur des soldats français, on leur raconte qu’Allah va les transformer en moutons le temps de passer le barrage, et donc, que les soldats
« ne verront pas » qu’en réalité ce sont des hommes. Et ça a marché, ils y ont cru !

Tous ces « héros de la libération » étaient des types extrêmement primitifs. On pouvait leur faire faire ou leur faire croire n’importe quoi.