Régner par la terreur

Publié le par Yves-André Samère

Ce matin, on a pu entendre à la radio qu’en Syrie, un écrivain, Samar Yazbek (c’est une femme, mais je refuse d’écrire « une écrivaine »), auteur du roman Glaive publié en 2005, révélant les mécanismes du régime et de la communauté alaouite – ce qui lui avait coûté son travail –, et qui, restée malgré cela à Damas, avait décidé de participer aux manifestations que réprime le dictateur Bachar Al Assad, avait d’abord reçu des menaces de mort, puis été arrêtée en mai par des hommes en civil, et conduite, les yeux bandés, dans un centre de détention. Elle fut relâchée le soir même, mais, par quatre fois, elle reçut des « visites » au cours desquelles elle fut battue. Depuis trois semaines, elle vit d’ailleurs à Paris.

Or le journaliste qui faisait un papier là-dessus a prétendu que, si on l’a relâchée après lui avoir montré les atrocités commises dans les centres de détention, c’est, croit ce benêt, « parce qu’elle appartient à une grande famille », et que, par conséquent, on n’ose pas lui faire trop de mal.

Je prétends que lorsqu’on s’honore d’être journaliste et qu’on rédige un papier sur la politique, il faut, au minimum, connaître un peu la musique. Or ce zozo, visiblement, ne sait rien sur le sujet.

Pourquoi Bachar El Assad, et d’autres dictateurs avant lui, emprisonnent-ils pour quelque temps des gens qui écrivent et qui, surtout, sont libérés ensuite ? Ils sont idiots ? Ils ne se doutent pas que ces bavards ainsi libérés vont raconter partout ce qu’ils ont vu ? Pourquoi ne pas les avoir discrètement liquidés, au lieu de leur ouvrir les portes ?

La réponse n’est pas évidente, mais je m’étais naguère renseigné auprès d’Amnesty International : ces affreux tyrans le font exprès ! Montrer des horreurs à des témoins qu’ensuite on relâche, c’est une façon de faire savoir aux peuples qu’on écrase ce qu’on risque si on relève la tête. Et régner par la terreur ainsi distillée, c’est une méthode de gouvernement plus qu’éprouvée. Jadis, au Maroc, Hassan II ne procédait pas autrement en faisant arrêter puis libérer Moumen Diouri, par exemple. Cet opposant, qui écrivit Réquisitoire contre un despote, puis À qui appartient le Maroc ?, est resté en exil de 1971 jusqu’en… 2006. Les premières précisions sur la torture en prison, menées par le ministre de l’Intérieur en personne, Oufkir, figurent dans son premier livre. Ce livre a évidemment été interdit au Maroc, mais le Pouvoir savait bien qu’il circulerait clandestinement.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y

C’est mon clavier qui fait des siennes. Il est urgent que j’en change. Dès que j’aurai reçu le prochain mandat de tante Liliane.


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A

Montrer des horreurs à des "témoins" a qui on coupe la première lettre, sans doute pour leur laisser le souvenir des tortures qu'ils ont subies.
A


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