Secrets d’Histoire : Mozart

Publié le par Yves-André Samère

Irritante, cette édition de Secrets d’Histoire consacrée à Mozart, hier soir sur France 2. Je me serais bien passé de cette permanente illustration de la vie du compositeur par les plus mauvais films qu’on a pu trouver, Nannerl, la sœur de Mozart, de René Féret, et le très malhonnête et honteusement surfait Amadeus, de Milos Forman. Passons sur le premier, qui est un tissu maladroit d’erreurs historiques, et concentrons le feu sur le second.

Le titre du film, dont l’acteur principal, Tom Hulce, qui surjoue abominablement, n’a plus rien fait de bon ensuite, est celui d’une pièce de théâtre, et je vous ai dit ce qu’il faut penser, à mon (très humble) avis, des auteurs de théâtre en matière de respect de la vérité historique. Et pour commencer, Mozart n’est pas né avec ce prénom, Amadeus. Son acte de naissance mentionne Joannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus, et chacun sait que, dans sa famille, on se contentait de l’appeler Wolfie, diminutif de Wolfgang. Seulement, lorsqu’il s’est mis à voyager, les Italiens trouvaient ce « Wolfgang » imprononçable, et l’enfant qu’il était encore a choisi de se faire appeler Amadeo, puis Amadeus, transpositions italienne et latine du grec Theophilus. En France, il tenta aussi un curieux « Amadé » (sic), mais ça n’a jamais pris. On dit aussi, mais je n’ai pas pu vérifier, qu’en Autriche, on l’appelait parfois Gottlieb, autre transposition allemande de Theophilus, mais son état civil, lui, n’a jamais changé.

Je dois reconnaître néanmoins que l’émission, à côté d’Ève Ruggieri qui a surtout accumulé les fautes de français, avait fait appel à une bonne historienne, Michèle Lhopiteau-Dorfeuille, qui a eu ce mérite : elle n’a cessé de marteler que le film en question alignait une kyrielle d’informations fausses ! Peut-être aurait-il fallu se passer complètement, alors, de cette source d’illustrations biaisées ?

Au chapitre des informations fausses, le film affirmait que le grand musicien Antonio Salieri, plus célèbre en son temps que Mozart lui-même, avait... assassiné son prétendu rival en l’empoisonnant. Et, en prime, on le qualifiait de « musicien médiocre », ce qui est une pure calomnie : on peut ne pas être un génie de la composition, sans être pour autant un mauvais musicien. Quant à être un assassin, diable ! Si Salieri avait assassiné Wolfie, est-ce que la veuve de Mozart lui aurait, ensuite, confié l’éducation musicale de leurs deux enfants ?

Également, cette anecdote fausse, selon laquelle, Mozart, mort à trente-cinq ans, aurait été inhumé dans un sac de toile de lin, selon un règlement de l’époque. Faux encore, ce règlement avait été abrogé, et le compositeur a eu son cercueil, comme tout le monde.

Enfin, le film montre Mozart, à l’agonie, s’acharnant à terminer l’œuvre à laquelle, nous disait le film, il tenait le plus, son célèbre Requiem, une messe pour les obsèques. Or Mozart tenait assez peu à cette œuvre de commande, qu’il voyait comme une corvée, et qu’il devait livrer à son commanditaire, le comte Franz de Walsegg, lequel voulait rendre hommage à sa femme défunte. Mozart restait des semaines sans y travailler, sans écrire une seule note, et s’il a tenté de la terminer pour éviter de rembourser l’avance – on lui avait versé la moitié du total –, alors qu’il était mal en point, en la dictant à son assistant Süssmayr, il n’a pas pu en venir à bout, puisqu’il est mort avant la note finale, en 1791. Süssmayr a terminé comme il a pu, c’est-à-dire mal, et il a imité la signature du nom de son employeur, en datant de... 1792 !

La partie la plus originale de l’émission était celle où l’on mettait en évidence la similitude entre La Marseillaise et une composition de Mozart, le deuxième mouvement de son 25e concerto pour piano. Mozart aurait bien connu Ignaz Pleyel (oui-oui ! Le fabricant de pianos), le compositeur du futur hymne national, et ami de Rouget de l’Isle, ce dernier n’ayant écrit que les paroles ! Mais ce n’est pas la seule possibilité, et allez donc lire ceci et cela.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

J
Effectivement, un Requiem cela ne caractérise pas un Mozart franc-maçon qui se moquait des conditions de son enterrement comme d'une guigne, croyant, un peu comme Mitterrand peut-être, aux forces de l'lEsprit. D'où une inhumation, pour reprendre une formule de Brassens :" dans la fosse commune du temps"
Il est curieux de constater, que de certains hommes, on fait des hagiographie, des portraits légendaires, embellis à souhait, et pour d'autres, on accumule les calomnies, les contre-vérités, les erreurs historiques les plus grossières. (comme dans Amadeus) .
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Y
Je partage entièrement cet avis. Le génie (indéniable) de Mozart n’a aucun besoin de toute cette littérature. Le cas du “Requiem” est très parlant : c’était une commande, il a commencé le travail, ne l’a jamais terminé et a repassé le bébé à son collaborateur le plus proche, qui a fait ce qu’il a pu, et n’a pas terminé non plus.

Le film de Forman n’était que l’écranisation d’une pièce de théâtre, d’un auteur très productif mais assez médiocre, Peter Shaffer, qui a aussi fait jouer “Equus” et “The Royal Hunt of the Sun” (j’ai vu les deux). Elle a été jouée à Paris, et le rôle de Mozart était tenu par... Roman Polanski !