Une Église « pauvre », ha ha !

Publié le par Yves-André Samère

Le pape déménage ! Non, je ne prétends pas qu’il travaille du chapeau, d’ailleurs il n’en porte pas. En fait, il change d’appartement. Vous vous souvenez que, durant le conclave ultra-court, les cardinaux logeaient de l’autre côté de la basilique Saint-Pierre, dans une sorte d’hôtel, la résidence Sainte-Marthe, ainsi nommée parce que cette sainte, l’une de celles qui faisait entendre sa voix à Jeanne, dite « Jeanne d’Arc », n’a jamais existé ! Je vous en ai parlé ICI.

Bref, loger dans cet endroit très proche de la ville, puisque le mur d’enceinte se trouve à quelques mètres, et qui aura tout de même une surface de quatre-vingt-dix mètres carrés (ça devrait suffire à un célibataire, et comme les chambres de la résidence ne sont pas si grandes, il va probablement ordonner quelques petits travaux qui lui permettront de ranger son barda), a dû plaire à François Ier. Oui, je m’obstine à l’appeler ainsi, c’est beaucoup plus marrant. Si bien que le pape a décidé d’y transférer ses pénates. Prétexte avancé : vivre dans « l’atmosphère de simplicité et de convivialité » qu’il ne trouve pas dans les luxueux appartements du palais pontifical – où il ne viendra que pour les cérémonies officielles et y recevoir les visiteurs importants. Il fera peut-être le mur, à l’occasion ?

En tout cas, c’est un sacré plaisantin, F1 ! Il a déclaré dès le début qu’il souhaitait « une Église pauvre ». Facile, mon pape ! Si l’on en croit le livre Les milliards du Vatican, écrit par Avro Manhattan, le saint siège doit sa prodigieuse fortune à la nationalisation des États pontificaux, qui lui ont été confisqués en 1870, et qui comprenaient la ville de Rome plus le tiers de l’Italie ! L’Église s’est alors lancée dans une politique d’accumulation des richesses, sur le modèle de la « réussite » telle qu’on la conçoit dans le monde moderne, industriel et financier.

Cette politique a été définie par le pape qui a canonisé Jeanne d’Arc, justement, Benoît XV (1914-1922), pendant et après la Première Guerre Mondiale, et elle dure toujours : les investissements des papes et de l’Église ne doivent pas être limités par des considérations politiques ou religieuses, mais devraient être traités uniquement comme le ferait une bonne entreprise. Mais le pactole survint dix ans plus tard, en 1929, au moment du Traité du Latran, quand, pour régler définitivement le contentieux entre le Vatican et l’Italie, le fascisme mussolinien lui versa une somme énorme (plus de 1750 millions de lires, soit l’équivalent de 100 millions de dollars), qui fut investie par le même pape dans les marchés mondiaux, notamment... dans l’immobilier de l’Empire Turc ! Si bien qu’en 1929, le trésor de l’État du Vatican est devenu un fonds officiel.

Le successeur de Benoît XV, le pape Pie XI, investit une grosse somme aux États-Unis immédiatement après le krach de 1929, et, lorsque l’économie de ce pays se ressaisit, le Vatican en tira des profits colossaux. Mais il avait été assez futé pour investir également en Italie, au point de détenir entre 10 et 15 % de toutes les actions et toutes les parts inscrites à la bourse italienne. Le périodique anglais « The Economist », considéré comme l’un des journaux les plus sérieux dans son domaine, écrivit que le Vatican « pourrait théoriquement jeter l’économie italienne dans une grande confusion s’il se déchargeait soudainement de toutes ses parts pour les déverser sur le marché ». Opinion confirmée en février 1968 par le ministre italien des Finances, qui déclara que le Vatican détenait des parts pour un montant approximatif de 100 milliards de lires.

Je vous parlerai une autre fois de l’empire immobilier du Vatican, c’est plutôt gratiné !

Bref, le pape se moque du monde en jouant les protecteurs des pauvres : il n’y a pas plus capitaliste que le prétendu évêque de Rome.

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